Prendre soin de sa guitare : les conseils du luthier, partie 2

Alors que j’ai distillé les conseils essentiels au bon entretien de sa guitare dans un précédent article, il est temps d’attaquer la seconde partie qui s’attarde sur des points techniques précis tout en mettant à mal certaines idées reçues.

Après avoir vu que le bois n'est pas un matériau vivant mais un matériau hygroscopique et qu'il est possible de démonter toutes ses cordes pour les changer, il est temps de parler de techniques qui existent pour prendre soin de sa guitare en profondeur.

Idée reçue N°3 : Les produits ménager ne sont pas compatibles avec la lutherie.

C'est une forme de snobisme. On peut utiliser pratiquement ce qu'on veut, à base de produit ménager. Par contre, il existe des incompatibilités qui peuvent détruire la finition d'un instrument :

  • le vernis au tampon se dissout dans l'alcool. Donc ne jamais le nettoyer avec de l'alcool ménager. Éviter les chiffons humides aussi. J'utilise généralement un mélange d'huile de lin et d'essence de térébenthine. Ce mélange me sert aussi à nettoyer et nourrir une touche ou un manche huilé (type Musicman).
  • Le vernis nitrocellulosique blanchit au contact de l'eau. On peut néanmoins le nettoyer avec un chiffon légèrement imbibé d'alcool puis le polir. Mais c'est une technique complexe, à réserver aux luthiers équipés d'un buffle à polir. Quand il se désagrège, le nitro pèle et fait "crasse". Pour le nettoyer, j'utilise mon mélange d'huile de lin et de térébenthine. C'est un peu gras, il faut donc bien l'essuyer après coup, mais ça n'attaque pas le vernis.
  • Les vernis polyuréthane (PU) et polyester ne craignent rien, on peut les nettoyer avec presque tout, y compris le flacon de miror avec lequel grand-mère astique ses cuivres. Un produit pour laver les vitres est souvent très efficace, mais prenez la version écolo, le reste contient des tas de saletés. Si la guitare est très sale un peu de vinaigre blanc dilué dans de l'eau fonctionne très bien.
Paille de fer, térébenthine, huile de lin et chiffon doux

On peut trouver du polish dans le commerce et vous pourriez avoir envie de vous en servir. L'intérêt du polish est de nettoyer, mais surtout de supprimer les micros rayures sur le vernis. N'en abusez pas trop sur des guitares au vernis très fin : à la longue, c'est un abrasif et vous risqueriez de passer sous le vernis, dans la couche de teinte. Par contre, n'utilisez JAMAIS un polish contenant du silicone ou un dérivé. Si vous avez un doute, ne l'appliquez pas sur votre guitare. Il contaminerait le bois et le rendrait inadhérent à la plupart des colles en cas de réparation de l'instrument.

Utilisez toujours un chiffon doux pour l'appliquer. Les chiffons microfibres sont très pratiques. Les pickguards se polissent de la même manière que les vernis. Si jamais utiliser un polish vous parait fastidieux, contentez-vous de nettoyer votre guitare et demandez à votre luthier de la lustrer lors de sa révision des 100 000 km, il saura la remettre à neuf.

La paille de fer. J'ai lu des choses étranges là-dessus alors faites attention, on peut s'en servir pour nettoyer les frettes (pour les touches en palissandre, ébène et autres bois non vernis). Elle décrasse aussi la touche très rapidement. C'est un abrasif, alors ne frottez pas trop longtemps.

Utilisez uniquement un grain 0000, pas des grains 000 destinés aux meubles ou aux bois, veillez à faire quelques passes dans le sens du manche pour enlever les rayures.

Pour les manches vernis, on nettoie les frettes avec du polish et un chiffon, si la paille de fer s'impose, il faut alors masquer la touche avec une bande cache (adhésif de masquage). Après avoir nettoyé une touche en bois non vernie, j'applique une (légère) couche d'huile de lin.

L'huile de « citron » fonctionne bien aussi, mais c'est un produit coûteux et inutile. Néanmoins, on peut améliorer son huile de lin avec quelques huiles essentielles très intéressantes, pour rechercher une odeur, un côté antibactérien, etc.

Pour le nettoyage des plastiques : les pickguards se polissent de la même manière que les vernis.

Idée Reçue N°4 : huiler la touche ravive le son

Parfois, on lit de vraies conneries sur le web ! Après avoir nettoyé une touche en bois non vernie, j'applique une (légère) couche d'huile de lin. L'huile de "citron" fonctionne bien aussi, mais c'est un produit coûteux et inutile. Néanmoins, on peut améliorer son huile de lin avec quelques huiles essentielles très intéressantes, pour rechercher une odeur, un côté antibactérien, etc. Mais attention de ne pas imbiber complètement votre touche. L'huile est une protection de surface pour éviter que la crasse pénètre dans le bois. Elle permet, en plus, de faire briller la touche. Mais il ne sert À RIEN d'imprégner le bois et de laisser l'huile entrer en profondeur dans ses fibres. L'huile est un matériau visqueux, qui comme tout matériau visqueux, absorbe les ondes acoustiques. Donc ce n'est pas en saturant la touche que vous améliorerez la sonorité de votre instrument !

Idée Reçue N°5 : mes mécaniques sont mortes

Souvent, quand une guitare ne tient plus l'accord, l'idée première est de remplacer les mécaniques type vintage par des mécaniques à bain d'huile, ou si on a déjà des bains d'huile, par des mécaniques à blocage.

Bien, sachez que dans 99 % des cas, les problèmes d'accordage viennent de sillets qui « étranglent » la corde ou qui sont faits de matériaux trop mous pour faire le travail (les copies de sillets au graphite, ou certains plastiques). Préférez un bon sillet en os taillé par votre luthier et adapté à vos tirants de cordes. Ça coûte moins cher qu'un jeu de mécaniques et au moins le problème sera résolu.

Par ailleurs, sachez qu'il n'y a pas d'huile dans les mécaniques à bain d'huile, la plupart du temps il n'y a même pas de graisse. Ce sont juste des mécaniques protégées de la poussière.

Les lubrifiants

Le seul lubrifiant que j'utilise, c'est le genre dégrippant en bombe (pour ne pas citer de nom). Il me permet de nettoyer les potentiomètres encrassés, parfois aussi les chevalets et les pontets. Ils ne contiennent généralement pas de silicone donc n'endommageront pas vos vernis). On oubliera les bombes de téflon ou graphite. Dans les cas les plus extrêmes, un collègue fait sa propre préparation à base de saindoux…

Nettoyer les pontets (et les plots des micros) à chaque changement de corde, ralentit leur oxydation.

Idée reçue N°6 : Jack est mort !

Un potentiomètre ou un jack ne sont quasiment jamais morts. Inutile de vous amputer d'un bras pour les faire changer. Il suffit de les désoxyder. Les potentiomètres, en appliquant du lubrifiant et en les faisant tourner dans tous les sens vont rapidement arrêter de crachoter. Ce n'est que si cette mesure est inefficace qu'on envisagera un remplacement. Ou alors, juste pour obtenir une courbe plus progressive sur le son, dans ce cas, il faut opter pour des potentiomètres haut de gamme (je ne jure plus que par le Bourns Sean Silas).

Électronique d'une guitare Danelectro

Quant aux jacks, le pire arrive malheureusement, mais uniquement avec les « jacks tubes », utilisés principalement sur les guitares asiatiques de type moderne. Pour un jack ouvert, il suffit de le démonter (sans couper les câbles), de resserrer la pointe (tip) et de désoxyder la masse et la pointe avec une lime queue de rat par exemple.

Les cordes

Pour l'entretien des cordes, le mieux, est de se laver les mains avant de jouer et de bien essuyer les cordes après. Simplement avec un chiffon. Si on transpire beaucoup, avoir une serviette à disposition pour s'essuyer les mains entre chaque morceau est conseillé, et surtout essuyez toute la guitare après, en particulier les vis et le chevalet, qui ont tendance à s'oxyder au point parfois d'être complètement soudés.

Les cordes revêtues d'un « coating » le perdent au bout d'un certain temps, ce qui d'une part est une pollution inutile, et d'autre part a des effets nuisibles sur le son (on pense qu'elles sont indestructibles, on les laisse trop longtemps et on a perdu toute la brillance d'origine sans s'en rendre compte). Je préfère donc les cordes en métal, sans revêtement. Pour un son vintage, j'utilise des cordes au nickel, mais leur oxydation est plus rapide, donc à l'attention de ceux dont la transpiration est la plus forte, je conseille les cordes en acier inoxydable.

Avec un coup de chiffon régulier…

L'auteur : Gildas DasViken est ingénieur-luthier de père en fils depuis décembre 2013. Il lance son entreprise à Nantes avant de s'installer en centre-Bretagne où il fabrique désormais des guitares éco-responsables, aux finitions naturelles en utilisant des matériaux de récupération et des composants made-in-France

photo de couverture : Simon Pernin

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