Prendre soin de sa guitare : les conseils de survie du luthier

J'avais pour but d'écrire un article sur l'entretien des guitares, mais en parcourant internet, j'ai trouvé des dizaines voire des centaines d'articles dans le genre. Souvent très bien faits, mais avec des erreurs ou des plagiats d'autres sources, pas toujours fiables (évitez l'article Wikipédia « Entretenir sa guitare »).

Alors, pour la santé de votre instrument, je vais plutôt prendre cet article par un autre bout : Ce que vous ne devez pas faire avec votre guitare.

Que ne faut-il donc pas faire avec son instrument ?

Négliger l'environnement de l'instrument.

Je conseille d'acheter pour le poser, un bon stand, adapté à la forme de l'instrument. Si vous avez de la place aux murs, optez pour une fixation murale. C'est classe, ça met l'instrument en valeur, ça fait gagner de la place au sol et personne ne se prendra les pieds dedans !

Pour les répétitions ou les musiciens nomades, prévoyez un stand pliable, mais robuste. Je ne connais qu'une marque valable : Hercules. Le reste est à proscrire : on a souvent des chutes, des pièces qui tournent parce que les pas de vis ne sont plus fonctionnels. Et on n'est jamais à l’abri d'un batteur maladroit qui se prend les pieds dans un jack.

En l'absence de stand, rangez l'instrument dans son étui ou sa housse, ou prévoyez un plaid pour le poser au sol.

Idée reçue N°1 : le bois n'est pas un matériau vivant.

C'est un matériau hygroscopique, c’est-à-dire qui est sensible à l'humidité. Il ne respire pas, il "perspire" (échange d'eau avec l'air ambiant).

Ne posez jamais une guitare contre un radiateur ou sous une fenêtre. Les variations de température, si elles ne font pas grand-chose à une guitare finie aux vernis polyuréthanes, vont rétracter (froid) ou dilater (chaud) les métaux. Ce qui agit directement sur la tige de réglage (truss rod) du manche. Du coup, le froid va avoir tendance à tendre le manche, les cordes vont friser. La chaleur va faire l'inverse et augmenter l'action qui rendra l'instrument difficile à jouer.

Sur le moyen ou long terme, un radiateur va faire sécher le bois au-delà de son hygrométrie normale, ce qui risque de faire se rétracter les bois trop secs, qui font fendiller les vernis sur les plans de collage (touche sur manche, manche sur corps, placage de tête, table, bindings, etc.).

L'humidité a les mêmes effets. Ne stockez donc jamais vos instruments dans votre local de répétition non chauffé en hiver (cave, cabane dans le jardin) et en tournée, ne les laissez pas (si possible) passer les nuits dans le tour bus. J'ai vu de vraies catastrophes (vernis qui se décolle, micros oxydés, têtes qui tuilent).

Évitez aussi de laisser votre guitare sous la lumière directe du soleil, ce n'est pas une plante verte. Face à une fenêtre par exemple. C'est la raison principale des ventes en stock B des instruments mis en vitrine : ils bronzent ! Les finitions translucides et les vernis nitrocellulosiques sont particulièrement sensibles aux UV. Du coup, la face avant de l'instrument peut prendre une teinte plus "chaude" que les éclisses et le dos.

Pendant le transport

L'extrême des conditions climatiques, c'est la plage arrière de la voiture, en été. Un habitacle peut monter à plus de 60°C en plein soleil, or, les colles ne sont pas faites pour tenir à de telles températures. Un instrument assemblé à la colle d'os, qui est une colle réversible avec un point de fusion très bas, risque de ressembler à un kit à votre retour de la plage !

L'autre extrême, c'est la soute à bagages d'un avion à 10 000 mètres d'altitude.

Pour éviter de retrouver un instrument amputé de sa tête à la sortie d'un trajet en avion ou en bus, dans une soute, (mais aussi quand vous l'expédiez à un acheteur), détendez les cordes : la tension des cordes agit sur le manche et en cas d'accident (projection de l'étui sur un tapis roulant par le bagagiste par exemple), elle s'ajoute à la force du choc.

Réparation de la tête de la SG de Nick Di Salvo.

Les instruments types Les Paul et SG sont réputés pour casser facilement, à cause du renversement de la tête et du fait que les manches sont taillés en une seule pièce.

Voici un bel exemple à droite avec la SG de Nick Di Salvo. Le jour de son concert avec Elder au Hellfest. La tête de la guitare s'étant séparée de son corps subrepticement pendant le trajet en avion…

Un cas où il ne faut pas les détendre cependant : quand vous jouez en mi standard avec un fort tirant et un réglage du truss rod adapté. Détendre les cordes provoquerait un déséquilibre avec pour résultante une force appliquée sur la touche au-delà du "normal". Au moindre choc, c'est la touche qui risque de se décoller.

Ce défaut de conception n'est pas un mythe…

Idée reçue N°2 : ne pas démonter toutes les cordes à la fois

Il est souvent dit qu'il ne faut jamais remplacer toutes les cordes en même temps, parce que le manche pourrait partir en vrille.

C'est carrément faux. En fait si vous ne retirez pas toutes les cordes en même temps, il est quasiment impossible de nettoyer correctement la touche et les frettes…

Une touche qui mérite un bon nettoyage

Le seul cas où il y a un risque, c’est pour une guitare montée en 12/54 et plus, avec un manche fin et un truss rod serré à mort pour compenser la tension des cordes (risque de décoller la touche).

Pour ce qui est des manches qui vrillent, soit ce sont des instruments joués avec un accordage déséquilibré, ou des manches prévus pour 6 cordes joués avec 5 cordes (open de Sol à la Keith Richards par exemple). Sinon, ils vrillent rapidement, d'eux même, à cause d'un défaut dans le bois du manche lui-même, détendre les cordes ou pas n'y changeant rien.

Changer les cordes permet de passer un bon coup de chiffon pour retirer la poussière en dessous.

Détail sur un chevalet en pleine oxydation

Pour l'entretien des cordes, le mieux, est de se laver les mains avant de jouer et de bien les essuyer après. Simplement avec un chiffon. Si on transpire beaucoup, avoir une serviette à disposition pour s'essuyer les mains entre chaque morceau est conseillé, et surtout essuyez toute la guitare après, en particulier les vis et le chevalet, qui ont tendance à s'oxyder au point parfois d'être complètement soudés.

Les cordes revêtues d'un coating le perdent au bout d'un certain temps, ce qui d'une part est une pollution inutile, et d'autre part a des effets nuisibles sur le son (on pense qu'elles sont indestructibles, on les laisse trop longtemps et on a perdu toute la brillance d'origine sans s'en rendre compte). Je préfère donc les cordes en métal, sans revêtement.

Les nickel wound sont top pour un son organique, assez chaud, elles tiennent bien si on a une sudation modérée, les stainless steel, elles sont plus (trop) brillantes, mais tiendront mieux si vous perdez trois litres de sueur par répétition…


Dans un prochain article, nous irons plus en profondeur dans le détail de l’entretien de l’instrument en insistant sur certains points cruciaux sur lesquels vous pouvez intervenir vous-même avant qu’il ne soit trop tard.

L'auteur : Gildas DasViken est ingénieur-luthier de père en fils depuis décembre 2013. Il lance son entreprise à Nantes avant de s'installer en centre-Bretagne où il fabrique désormais des guitares éco-responsables, aux finitions naturelles en utilisant des matériaux de récupération et des composants made-in-France


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