Nous vivons l’âge d’or des pédales d’effet. La quantité de choix dans le domaine est hallucinante. La qualité générale des produits, ainsi que leur créativité sont tout simplement incroyables. On peut facilement imaginer Jimi Hendrix faire une attaque s’il se retrouvait dans un magasin de musique d’aujourd’hui, devant tant de choix. Il serait même probablement intrigué par le concept même de « pedalboard », étant donné que son créateur, Pete Cornish, a fabriqué le tout premier modèle pour Peter Banks, de Yes, en 1972.
Cornish fabrique encore des pedalboards pour des professionnels, bien qu’il ait été rejoint depuis par d’autres sommités comme Bob Bradshaw de chez Custom Audio Electronics et Dave Friedman de Rack Systems Ltd., ainsi que par plus d’une douzaine de fabricants moins connus. Ces gars-là ne travaillent cependant pas pour rien, la plupart des musiciens trouveront donc leur expertise financièrement inabordable.
Heureusement, il existe un grand nombre de possibilités en série qui raviront les fans de pedalboards DIY, allant du plus minimal au plus complet, dans une gamme de prix entre 25 € et 400 €. Certains fabricants de pedalboards custom, comme Trailer Trash, proposent des modèles non-câblés ou partiellement câblés à un prix relativement bas.
Les guitaristes sont de loin la plus large population à utiliser des pedalboards, nous nous centrerons surtout sur eux, mais la plupart des astuces qui suivent peuvent tout aussi bien s’appliquer aux autres instrumentistes ou vocalistes.
1. Choisir le meilleur pedalboard selon vos besoins
Ayez bien en tête vos besoins présents et futurs avant de fabriquer votre pedalboard. Décidez quelle pédale vous voulez et dans quel ordre elles seront placées avant de faire quoi que ce soit (voir plus bas « l‘Ordre Détermine le Résultat »), puis branchez-les toutes, histoire de déterminer l’espace dont vous aurez besoin. Gardez à l’esprit que les pédales grosses ou de formes bizarre apportent parfois leur lot de problèmes, tout comme les pédales avec des entrées jacks ou d'alim placées à des endroits non-conventionnels.

L’ergonomie est également importante dans le positionnement des pédales qui nécessitent un accès facile, comme les looper, les pédales de volume, wah, ou d’expression. Et si vous optez pour un pedalboard large avec une rangée de pédales à l’arrière, assurez vous de pouvoir les atteindre facilement sans perdre l’équilibre ainsi que votre dignité. La taille et le poids global sont évidemment primordiaux pour les musiciens qui voyagent ou prennent les transports en commun pour aller aux concerts.
Le look peut aussi être pris en compte. Si un tas de pédales, disposé aléatoirement sur une vulgaire planche, relié par un sac de câbles vous convient, pas de problème. Si, au contraire, vous préférez quelque chose de plus ordonné, un pedalboard avec, par exemple, un compartiment en dessous, où le câblage et l’alimentation peuvent être effectués sans être vus, semble être un bon choix. Les pedalboards à étage contiennent souvent suffisamment d’espace en dessous pour y installer un bloc d’alimentation. Pour finir, nous conseillons à ceux enclins aux débordements de prévoir de la marge, au cas où une nouvelle pédale arriverait.
Enfin, il est conseillé aux personnes prédisposées aux grises de G.A.S de planifier à l'avance afin de pouvoir accueillir des déploiements supplémentaires de pédales. Pedalboards
2. Ne pas lésiner sur le câblage
Que vous optiez pour un pedalboard classique, élaboré, ou très complexe, câblez-le avec des connecteurs et des jacks de gamme professionnelle. Les fabricants de pedalboards professionnels choisissent souvent des produits de fournisseurs de confiance, comme des câbles Mogami et Belden, et des connecteurs Neutrik, bien qu’il existe un grand nombre d’autres options. Le câble George L, par exemple, est assez populaire, mais évitez les connecteurs sans soudures. Quel que soit le type de câble choisis, utilisez toujours – et j’insiste, TOUJOURS – des connecteurs soudés.
La qualité des câbles est cruciale, parce que chaque centimètre de câble entre une guitare et un ampli participe à la perte de signal générale en augmentant la capacité, résultant en une perte des fréquences aigües. Le problème est accentué par la capacité inhérente aux pédales elles-mêmes, même les « true-bypass ». C’est un problème complexe qui peut être vu sous différents angles, mais les experts s’accordent sur le fait que faire des économies sur les câbles n’est jamais une bonne idée.
3. Le Buffer pour de meilleurs résultats
Sans entrer dans la controverse qui entoure le true-bypass et le buffer on peut affirmer sans risque que le buffering améliorera grandement les performances de votre pedalboard.
Pour résumer, un buffer convertit un signal à haute impédance, comme celui sortant de votre guitare, en signal de faible impédance. C’est important, car les signaux de faible impédance gèrent beaucoup mieux l’ensemble des capacités produites par les câbles, les connecteurs et autres composants de votre chaîne de signaux, résultant en un son qui se rapproche plus de celui que vous entendez avec votre guitare branchée directement dans l’ampli.
Toutefois, il y a buffers et buffers. Beaucoup de pédales sont déjà dotées de buffers intégrés, dont la quantité et les performances peuvent varier. Les pédales Boss, par exemple, sont pourvues de buffers, et en avoir une ou plusieurs dans sa chaîne peut s’avérer utile. Cependant, il n’y a pas d’alternative à un buffer de haute qualité, comme les customs utilisés par les professionnels, ou les produits plus largement distribués, comme la MXR MC406 CAE, qui a été conçue en collaboration avec Bob Bradshaw. Mais attention à ne pas avoir trop de buffer dans votre chaîne, dont les effets cumulés peuvent causer d’autres problèmes.
Une autre mise en garde quant à l’usage des buffers : ils ne s’accommodent pas toujours entre eux, surtout les pédales avec de petits circuits de transistors, comme la Dallas Arbiter Fuzz Face. C’est l’interaction entre la sortie de la guitare, le câble, et l’entrée de la fuzz qui fait que la Fuzz Face soit si propre quand on baisse le volume de la guitare, et insérer un buffer avant la fuzz empêche cela. C’est pourquoi les pédales de Fuzz de ce type fonctionnent mieux en début de chaîne, juste après la guitare.
4. Les Loop Switchers dégradent moins le son
La capacité des câbles et le signal sans buffer ne sont pas les seules menaces à l’intégrité de votre signal : un autre danger potentiel réside à l’intérieur même des pédales. Certaines, surtout les vintages, sont des casseuses de son nées. Non seulement, elles dévorent les hautes fréquences comme des trous noirs sonores, mais elles peuvent aussi réduire signal global et le niveau de sortie, injecter des sons parasites, et plus encore. Quelques pédales peuvent même faire des ravages avec votre son. Heureusement, il y a une solution à ce problème, qui peut aussi aider à résoudre celui de dégradation du son.
Les loop switchers sont disponibles en plusieurs formes, de la simple pédale à une seule loop aux loops multiples programmables qui vous permettent de sélectionner différentes combinaisons de pédales en appuyant sur un simple footswitch. Leur point commun est l’isolation.
Placer une pédale dans une boucle d’effet switchable vous permet de l’isoler du signal général de votre chaîne. Le switcher lui-même reste dans la chaîne, bien sûr, mais la pédale incriminée, non. Un autre avantage à l’utilisation d’un switcher est que s’il a suffisamment de boucles d’effets pour loger toutes vos pédales ou presque, leur position dans la chaîne n’importe plus vraiment, vu qu’il n’y a plus à se soucier de les atteindre avec le pied. Aussi, les systèmes programmables ne permettent pas que d’activer plusieurs pédales d’un coup, certaines permettent également de sélectionner les pédales dans l’ordre de la chaîne, et quelques autres offrent la possibilité d’ajouter des boucles d’effets stéréos en plus des mono.
5. L’ordre détermine le résultat
Il est en général de bon sens de placer ses pédales dans à peu près cet ordre : wah/enveloppe filters, compresseurs, fuzz /distorsion/overdrive, octaver/pitch shifter, modulation, delay, reverb, et une pédale de volume pouvant se placer n’importe où avant le delay, histoire de ne pas le couper.
Bien sûr, les utilisateurs de Fuzz Face devront faire différemment, et beaucoup de gens, dont votre serviteur, préfèrent placer les wah et les filtres après la fuzz et la distorsion. Je préfère avoir ma pédale de volume après la fuzz, surtout quand la fuzz et bruyante, dans ce cas, elle peut servir de noise gate manuel en plus de produire des swells efficaces.
Ceci étant dit, essayez d’arranger vos pédales de toutes les manières possibles, juste pour voir ce qui se produira, avant d’arrêter votre choix. Qui sait ? Vous pourriez vous rendre compte que vous aimez le son d’un delay distordu ou d’une reverb compressée, ou vous pourriez obtenir un résultat tout à fait inattendu comme ces légendaires sons de « baleines » de David Gilmour sur « Echoes », rendus possibles en branchant sa pédale wah à l’envers et en manipulant les potards de volume et de tone de sa guitare.
Pour finir, si vous avez une pédale avec des sorties stéréo, et que vous les placez à la fin de votre chaîne, parfait ! Mais si vous en avez plusieurs, ça peut causer des problèmes, étant donné que beaucoup ont des entrées mono, et que même les pédales à entrées stéréo transforment le signal en mono. Seules les pédales « true-stereo » transmettront un signal stéréo intact de l’entrée à la sortie.
6. Power to the Pedals
À moins que toutes vos pédales fonctionnent à pile et que vous appréciez les changer régulièrement, vous aurez besoin d’une alimentation. Les options sont nombreuses, mais la meilleure dépend du besoin de voltage de vos pédales. Certaines sont en courant alternatif, d’autres en continu, et malheur à celui ou celle qui les confondrait. Les pédales nécessitent généralement du 9v, 12v, 18v ou 24v. Certaines ont une alimentation mâle, d’autres femelles. Étant donné qu’elles peuvent supporter de 3mA à 500mA, vous devrez vous assurer que votre bloc d’alimentation est suffisamment robuste pour alimenter vos pédales les plus gourmandes. Les seules exceptions sont les fuzz, dont certaines fonctionnent beaucoup mieux avec des piles. Et si aucune de vos pédales ne s’alimente en 120- volt AC, vous aurez peut-être besoin de les brancher à un adaptateur AC externe.
Tout comme pour le câblage, ne lésinez pas sur le coût en ce qui concerne l’alimentation de vos effets. En plus de ce qui a été dit plus haut, préférez les blocs régulés, avec une terre isolée, comme celles produites par Voodoo Lab, qui jouissent d’une excellente réputation chez les professionnels.
À propos de l’auteur : Barry Cleveland
Barry Cleveland est un journaliste de San Francisco, auteur, guitariste et compositeur. Il a été éditeur pour le magazine Guitar Player pendant 12 ans, et chez Mix and Electronic Musician. Son livre, « Joe Meek’Bold Techniques » est un classique, et il a contribué à « Whole Lotta Led Zeppelin : The Illustrated History of the Heaviest Band of All time. » Il a sorti cinq albums, et compose des musiques pour le cinéma et la télévision.