Interview : Vitalic en orbite

Après avoir mis en orbite Voyager, un nouvel album vraiment différent de ses dernières productions, plus axé sur un retour au son disco, Vitalic nous a accordé un peu de temps pour parler matos, trombone à coulisse et exploration spatiale. Résumé de cette conversation interstellaire.

Ton dernier album s’appelle Voyager, un rapport avec le fait que la sonde Voyager transportait la musique et les sons de notre planète pressés sur un vinyle en or ?

Pochette du dernier album de Vitalic

C'est vrai que c'est marrant, à la base je n'avais pas fait l'analogie entre mon concept d'album et tout cet univers de cosmos et d'espace, qui est d'ailleurs très à la mode, mais tout a fini par se lier naturellement et je trouve ça plutôt cool.

Moi aussi ! Tu peux me parler d'un concert, d'un artiste qui t'a influencé dans tes débuts ?

Clairement, c'est le concert des Daft Punk à Dijon en 1995, j'ai compris que c'était ce genre de musique que je voulais faire et ça m'a donné l'énergie de sauter le pas.

Les années 1995, 1996, c'était vraiment une période intéressante pour la musique électronique, parce que cette mini révolution qu'a été la house et la techno commençait un peu à s’essouffler.

Pas mal de musiciens se sont lancés, et ont testé de nouveaux trucs, on a commencé à ajouter à la techno des voix, des sonorités issues du punk, du rock, c'est vraiment ce souffle nouveau qui m'a aidé à me décider, c'est ça que je voulais faire !

Tes débuts dans la musique sont nés d'une formation très classique puisque tu as commencé par le trombone. Qu'est ce qui t'as amené vers l'électro du coup ?

Déjà tout gamin j'aimais les synthés, le trombone c'était un ticket d'entrée pour l'apprentissage de la musique. Si j'avais pu choisir c'est évident que, déjà à l'époque, j'aurais voulu jouer du synthétiseur !

Mais c'était quand même très compliqué, on ne trouvait pas ce genre d'instruments partout, ça coûtait aussi très cher et on avait pas tout le réseau qu'on peut avoir maintenant grâce à internet.

Pareil pour l’ordinateur, c'était cher et quand même pas facile à appréhender. A côté de ça, j'ai toujours aimé la disco, les sons de synthés et les boîtes à rythmes qu'on peut trouver dans ce type de musique.

J'ai continué le trombone jusqu'à ce que je puisse me payer du matériel pour faire de l'électro, mon premier achat c'était un MS-20 que j'ai acheté d'occasion pour 1400 francs, une misère à l'époque, ça ne valait vraiment rien ! Depuis je m'en suis séparé, mais je le regrette vraiment, je garde tout maintenant.

Et je te comprends… Tu fais un gros travail en studio avant de te produire, tu arrives à restituer tout ce que tu veux sur tes sets live ?

Effectivement, il y a des parties qui ne sont pas adaptées au live et qui du coup demandent beaucoup de production.

Il m’arrive de passer des heures, des jours, voire des semaines sur des morceaux, alors évidemment, difficile d'arriver à faire sonner ça exactement pareil en live, j’essaie de trouver des solutions alternatives à base de samples ou même parfois en modifiant le morceau lui-même pour l’adapter au live.

Vitalic par C. le Mundu Hugono Petit

Ton crédo, depuis toujours, c'est de faire bouger ton public. Sur ce dernier album on a moins ce sentiment, tu as voulu créer quelque chose de différent non ?

C'est vrai que j'ai cette image qui me colle à la peau, parfois même je me sens un peu esclave des attentes de ma musique en terme d'énergie. Sur ce dernier album j'ai voulu me débarrasser de ces clichés, il y a même des ballades !

Je n'ai pas composé en pensant à séduire l'auditeur, ma démarche consiste à me poser des questions comme : qu'est ce qui me plaît dans cette époque, qu'est ce qui ne me plaît plus vraiment, qu'est ce que moi je suis capable de faire maintenant, quel type de mélodie je peux créer ?

J'ai vraiment voulu me recentrer sur mes goûts à moi plus que d'essayer de faire quelque chose uniquement pour plaire.

Ton dernier album Voyager est un retour assumé à des sons plutôt analogiques des années 70/80, j'ai retrouvé pas mal de sons à la Moroder, à la Cerone mais toujours avec ce kick bien lourd qui caractérise ton travail. Est-ce que tu as utilisé du matériel que tu n'avais jamais eu l'occasion d’utiliser avant de bosser sur cet album ?

Ouais clairement, j'ai utilisé deux synthés Buchla, ce sont vraiment des machines complètement différentes de ce que j'ai pu utiliser jusqu'à maintenant, en terme d'utilisation et de sonorités.

Je n’ai pas fait l'intégralité de l'album avec eux mais ils ont vraiment amené une nouvelle texture, des nouvelles directions... En fait, c'est même ça qui a été la base de ce changement d'orientation pour le nouvel album.

Un instrument qui fait ton son et dont tu ne pourras jamais te séparer ?

Sans hésitation, mon petit Buchla justement, le “Music Easel”, il est beaucoup moins puissant en terme d'utilisation que des plus gros, mais j'y suis très attaché.

Je me rappelle le jour où je l'ai reçu, je ne comprenais encore rien à son fonctionnement, c'était pas du tout la même approche qu'avec d’autres machines que j'avais pu avoir avant mais je me suis vraiment vite attaché à lui.

Vitalic par Kevin Gay

Les synthés modulaires, le retour aux bandes magnétiques comme peut faire Legowelt, c'est un truc qui te parle pour une utilisation studio ?

Je pense que je suis plus pragmatique que ça. J'ai eu de longues conversations à propos de ça, j'ai débuté sur des synthés modulaires et semi-modulaires, du coup je n'ai pas cet sorte de fantasme, je sais déjà ce que je pourrais tirer de ce genre de machines.

J'ai même tendance à dire, et je sais que les puristes vont me tomber dessus, qu'une copie d'un son genre Moog sorti d'un synthé à 400 balles, bien mixé, bien rentré, bien programmé, ça va sonner aussi bien qu'un vrai Moog.

Parfois on oublie que le mix et la production sont hyper importants, et au final, difficile de distinguer un « vrai » synthé d'un « faux ». Personnellement, je préfère les machines avec des boutons parce que je trouve ça plus agréable et plus direct. Mais on peut faire des choses géniales avec du matos pas cher, ça, c'est évident.

On tombe sur une reprise de Supertramp à la fin de l'album, un souvenir particulier avec ce morceau ? Pourquoi ce choix ?

Sur cet album, j'y suis vraiment allé au feeling, j'ai mis tout ce que je voulais, tout ce que j'aimais et quand j'ai entendu ce morceau de Supertramp à une soirée, je me suis dit que ça pourrait donner quelque chose de vraiment chouette, en ayant une approche très synthé et cosmique.

Du coup j'ai fait le morceau, juste pour m'amuser. Pour celui-ci, j'étais vraiment content du résultat et je me suis dit que ça ferait une belle conclusion à l'album.

Merci pour tes réponses, j'espère qu'on va pouvoir travailler ensemble et se voir dans ton studio pour parler matos avec les machines sous les yeux.

Ce serait avec plaisir.

Pour trouver le dernier album de Vitalic, “Voyager” sorti le 20 janvier 2017, suivez le guide : http://www.vitalicvoyager.fr/


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