Rencontre avec Lionel Vancauwenberghe du groupe Girls in Hawaii

Alors que le groupe belge Girls In Hawaii est actuellement en pleine tournée aux quatre coins de l’Europe, nous avons eu l’occasion de discuter avec Lionel Vancauwenberghe du matériel utilisé pour l’enregistrement de Nocturne, leur dernier album sorti fin septembre 2017.

Sur votre dernier album, vous avez choisi de travailler beaucoup plus sur le côté électro de votre son. Qu’est-ce qui vous pousse à vous tourner vers ce type d’instruments et de sonorités ?

Girls in Hawaii Nocturne

Depuis le début, avec le groupe, on a beaucoup travaillé sur tout ce qui tourne autour des guitares acoustiques et du matériel plus classique, pour cet album, on avait envie de passer à autre chose.

Ayant tous grandi dans les années 80, on avait en tête ces sons de synthés et de boîtes à rythmes qui nous ont marqués alors que nous étions gosses. Nos parents écoutaient des morceaux baignés de ces sonorités à la radio.

Il faut dire aussi qu’un retour à ces instruments s’amorce depuis quelques années, on trouve plein d’info dessus et on peut redécouvrir comment les utiliser de façon différente pour créer quelque chose de nouveau avec cette teinte très 80’s.

Pour travailler l’album, c’était vraiment le pied d'avoir à disposition tout ce matériel. J’aime vraiment ce genre d’instruments, je collectionne les vieilles boîtes à rythmes, j’ai une série d’Oberheim à la maison que j’adore utiliser et explorer à fond.

Est-ce que votre façon de composer a été amenée à évoluer au contact de cette famille d’instruments ?

Quand tu passes de la guitare, que tu maîtrises plutôt pas mal, à de nouveaux instruments qui ne demandent qu’à être explorés, il y a toute cette magie qui se met en place, c’est une véritable source d’accidents sonores qui permettent de découvrir des sons ou des façons de faire qu’il est beaucoup moins facile de trouver lorsque l'on maîtrise techniquement parfaitement un instrument. C’est une sorte d’improvisation qui découle d’une utilisation qui se fait parfois à tâtons.

Avec les synthés, il y a vraiment une forte interaction physique. Il y a énormément de réglages à tester, on a l’impression de pouvoir en sortir une infinité de sons. Une guitare, c’est un instrument assez subtil au final, avec un synthé, tu peux prendre un son et le détruire, le déformer et en faire quelque chose que tu n’avais pas imaginé au début.

Christophe Crenel

Qu’est-ce que vous avez utilisé comme types de synthétiseurs pour cet album ? J’ai cru apercevoir un ou deux bons vieux Moog.

On a effectivement beaucoup utilisé le Mini Moog sur l’album, il est présent sur tous les morceaux. Pour moi, avec cet instrument, Bob Moog a vraiment touché au sublime, c’est un véritable génie. Cet instrument est juste parfait d’un point de vue de son utilisation et du son.

Fairlight CMI

Il y a aussi un wavetable fabriqué par Waldorf qu’on a beaucoup utilisé, on a réussi à en tirer des sons assez fous. On a également utilisé un Fairlight CMI, tu samples directement les sons sur un écran et avec un petit stylet et tu peux venir modifier directement ton son. On a aussi utilisé des trucs plus récents comme le Korg Minilogue, j'adore son design.

Au final en y repensant maintenant, on a quand même passé pas mal de temps à découvrir le matériel sous toutes ses coutures, on voulait pouvoir en tirer le maximum et surtout savoir si tel ou tel synthé avait sa place dans nos compositions, il a fallu faire des choix. Le Fairlight a été, par exemple, assez difficile à exploiter, mais c’était mortel d’en utiliser un.

On retrouve sur tout l’album une batterie acoustique très présente. C’est quelque chose d’important, pour vous, de pouvoir faire cohabiter sons électros et plus « traditionnels » ?

C’était un compromis pour nous. Pour ma part, j’étais vraiment chaud pour insérer beaucoup plus de boîtes à rythmes, mais chacun apporte son identité dans le groupe et on a décidé de rester sur une batterie acoustique. Au final, le résultat est vraiment bon et c’est un excellent exemple de l’intérêt d’un groupe, ici, avec ce choix, on garde vraiment l’identité de notre son grâce à un compromis judicieux.

Olivier Donnet

Que ce soit à la guitare ou à la basse, vous êtes plutôt Fender dans Girls in Hawaii. Qu’est-ce que vous utilisez comme instruments ? D’autres marques fétiches en tête ?

C’est vrai que nous sommes très fidèles à la marque, on utilise assez vite une Telecaster ou une Strat, mais là sur l’enregistrement on a voulu essayer de nouvelles choses avec ce qu'on avait sous la main, des Les Paul Gold Top ou des vieilles Les Paul Studio.

Au niveau des amplis on a beaucoup travaillé avec des vieux Marshall poussés à fond, une chose qu’on ne faisait pas avant.

Normalement, je bosse plutôt avec ma Tube Screamer, mon delay Strymon El Capistan, le tout branché dans un Twin Reverb, mais là, on a voulu tester quelque chose de différent.

Sur le disque, on a aussi utilisé quelques vieilles acoustiques. Au studio La Frette, où on a enregistré, il y avait une collection incroyable de guitares des années 30 et de vieilles Gibson, on avait l'embarras du choix.

Live de Girls in Hawaii réalisé dans la Gare Centrale de Bruxelle par « Bruxelles Ma Belle »

Et pour les effets ?

Même si ce n’est clairement pas caractéristique de notre son, on adore tout ce qui est Big Muff, et tous les effets un peu associés au son grunge.

J’ai aussi utilisé pendant dix ans un Space Echo à bande, mais il est maintenant en panne et je me suis reporté sur la réédition de Boss qui fonctionne vraiment bien pour imiter ce son. Il faut dire que les prix se sont envolés aussi depuis la sortie des albums de Tame Impala, tout le monde en veut un !

Parlons un peu de toi, tu as une petite attirance pour le matériel vintage ? Est-ce que tu as en tête certains modèles ?

J’aime beaucoup la Tube Screamer d’Ibanez et au final, j’en ai une belle collection vu que j’en utilise depuis maintenant plus de 15 ans. Pour moi, le son d’une ancienne ou d’une plus moderne est assez équivalent. Par contre pour la ProCo RAT, c’est vraiment flagrant, je n’aime pas les versions les plus récentes. Elles ne sonnent vraiment pas bien, en tout cas ça ne me correspond pas.

En tout cas, j’adore mon ampli, c’est un Fender Twin Reverb Silverface que j’ai trouvé en brocante il y a dix ans et que j’ai entièrement fait retaper, je ne pourrais pas m’en passer maintenant. J’adore le son de sa reverb très twang twang. Il est parfait pour tout, un clavier, une guitare ou même une basse à bas volume. Le seul souci avec cet ampli : il faut un dos en béton.

Christophe Crenel

Un instrument qui te fais rêver ?

Le modèle d’acoustique de Lennon, la J-160E. Elle est un peu molle mais elle diffuse super bien le son, il y a quelque chose de magique dans cette guitare.

J’aimerai bien un Mini Moog Model D aussi, d’origine bien sûr. C’est vraiment un truc… Parfois, je suis à deux doigts de craquer et de m’en acheter un.

Si tu pouvais remonter le temps pour assister à un concert, quelle serait la destination ?

J’irais à Reading en 1992 pour assister au concert de Nirvana. J’avais des places pour un concert du groupe, malheureusement, à deux semaines de la date, Kurt Cobain a disparu. Mais je crois que n’importe quel concert des Doors pourrait également bien me plaire, en plus, direction les années 60.


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