Interview avec Laura Cox : Girl Power

Photo Principale (c) Patrick Guérin

Élevée à grands coups de riffs de guitare, Laura Cox n’est pas seulement la YouTubeuse dont les reprises ont fait mille fois le tour de la planète. Artiste à part entière, elle sort (enfin) son premier album dont les premières notes risquent bien de nettoyer efficacement vos oreilles.

« Hard Blues Shot » sonne fat, comme la rencontre musicale entre AC/DC et de Lynyrd Skynyrd. Amateurs de guitares gorgées d’overdrive et de solos finement interprétés, il est l’heure de prendre un petit shot.

Il y a eu plusieurs étapes avant que tu ne te fixes sur le band qui a enregistré l’album. Quelle alchimie cherchais-tu à obtenir ? Tu pensais déjà au live ?

Je pensais globalement à plein de choses. On joue avec ce line-up depuis un et demi environ. Les musiciens qui m’accompagnent sont tous d’excellents instrumentistes qui savent se mettre au service des compos, mais aussi se mettre en avant.

Laura Cox Band - « Hard Blues Shot »

Le morceau qui ouvre l’album commence avec un solo où tu fais la démonstration de tes talents de guitariste. Tu voulais te faire plaisir ?

Je me verrai toujours comme une guitariste avant d’être une chanteuse. La chanson dont tu parles est représentative de notre style et de l’image qu’on souhaite véhiculer.

C’est aussi celle qui met le mieux dans le bain pour la suite de l’album. Tant mieux si le disque commence par un solo et met en avant le côté « guitare ».

Ton style emprunte à la fois à AC/DC, Lynyrd Skynyrd, Guns n'Roses, avec un zeste de country… Comment t’y prends-tu pour faire ta propre musique avec ces ingrédients ?

« On définit notre style comme du Southern Hard Blues. »

Je ne réfléchis pas trop à tout ça. Avec Mathieu [Albiac], mon guitariste, on a exactement les mêmes influences. Quand on compose, on part d’un riff puis on brode autour. Mathieu est davantage influencé par AC/DC et Airbourne.

Moi, j’apporte plus une touche rock sudiste. J’aime pas mal la country même si ça ne s’entend beaucoup dans l’album. On définit notre style comme du Southern Hard Blues.

Comment vous y prenez-vous pour élaborer des parties de guitares complémentaires ?

Naturellement, Mathieu et moi avions déjà notre rôle. Nos jeux se complètent bien car l’idole de Mathieu est Malcolm Young, et puis parce qu’il a une attaque main droite très franche. La mienne est plus « féminine ».

D’autre part, je joue surtout en chicken-picking [mélange doigts et médiator]. Généralement, je double ses parties à certains moments pour gagner en épaisseur et apporter du relief à la chanson. Sinon, je joue surtout des gimmicks lead par-dessus les rythmiques de Mathieu.

Quelques mots sur les sessions d’enregistrement qui ont eu lieu au studio Midilive, à Villetaneuse. Vous avez cherché à capturer un feeling live ?

Pour ne pas prendre trop de risques, on a enregistré basse-batterie [François C. Delacoudre et Antonin Guérin] ensemble, au clic, puis les guitares et le chant ensuite.

L’expérience du studio a été très enrichissante et je ne m’attendais pas à ce que ce soit si difficile. Pour le deuxième album, je me demande si on ne testera pas le 100 % live.

Ta guitare #1 est une Bacchus – marque japonaise – de type Les Paul avec la signature « Laura Cox » sur la tête. Comment as-tu flashé sur la marque ?

"La nouvelle Bacchus signature de Laura,
équipée d’un P90 Lollar, "La Mistress"

Quand j’ai commencé à jouer, la guitare de mes rêves était une Les Paul avec finition Honey Burst ou Iced Tea. D’ailleurs, mes premières paies sont passées dans une belle Gibson Classic Plus de 1997.

Un jour, je suis tombée sur la petite annonce d’une Bacchus de type Telecaster, finition noire satinée, équipée d’un humbucker côté manche et d’un micro simple au chevalet. À la base, j’adorais leur finition Black Oil Satin et je savais que le rapport qualité-prix était très attractif.

Par la suite, j’ai contacté Bacchus en leur disant que je faisais des vidéos et que j’avais un peu de visibilité en France. Comme ils n’avaient plus de distributeurs français à ce moment, je n’ai pas pu traiter directement avec eux sur le coup.

« Mes premières paies sont passées dans une belle Gibson Classic Plus de 1997. »

Mais dès qu’ils en ont retrouvé un – Japan Guitar Handmade –, l’endorsement a pu se faire. Mon choix s’est arrêté sur le modèle Duke qu’ils m’ont proposé de customiser pour en faire un modèle signature.

Laura Cox et sa fidèle Bacchus

Quelles ont été tes spécifications ?

Je ne voulais pas une guitare trop lourde. J’ai pu choisir la table, avoir une touche en palissandre avec une incrustation en case douze, ma signature sur la tête et des capots sur les micros. C’est ma guitare principale depuis deux ans.

J’en attends bientôt une nouvelle dans le même style, mais avec un seul micro – un P90 en bridge – un chevalet wraparound, pas de signature sur la tête mais toujours avec la petite incrustation en case douze. Il est question qu’elle soit commercialisée.

Tu l’as équipé de micros Lollar. Pourquoi ce choix ?

Ma Gibson Classic Plus était déjà équipée de Lollar. En l’achetant j’avais eu plusieurs kits pour équiper mes autres guitares, et j’en ai profité pour les monter sur ma Tele Bacchus. Ma future Bacchus sera aussi des P90 Lollar.

J’aime beaucoup le son, assez vintage et organique. C’est parfait pour jouer du classic rock.

Sur ton pedalboard, as-tu une pédale fétiche ?

Je me suis posé beaucoup de questions à ce sujet car je n’étais bien fixée sur l’ampli. Avec ma tête Orange Rockerverb 50 MKIII, j’ai enfin un bon son crunch de départ, et presque plus besoin de pédales.

À part un accordeur et un récepteur sans fil, j’utilise une Savage d’Anasounds – overdrive type Klon Centaur – une SoloDallas et une MXR Ten Band EQ.

De temps en temps, j’utilise aussi une wah Dunlop Joe Bonamassa. Sinon, j’ai un mini pedalboard avec une wah Mooer – petit format donc – qui se déclenche dès qu’on pose le pied dessus. C’est très pratique lorsqu’on fait des concerts en talons [Rires].

Pour les modélisations, tu as adopté le Bias FX de Positive Grid sur tes vidéos YouTube.

Sur scène, je joue sur Orange mais, en appartement, c’est plus compliqué [Rires]. Sur mes vidéos, je joue essentiellement avec le Bias FX de Positive Grid. Leurs simulations d’ampli ont atteint un réalisme que je n’avais pas entendu. C’est facile d’utilisation et très intuitif.

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Tu es souvent sollicitée par les marques ?

De temps en temps, je reçois des messages sur Facebook de luthiers ou constructeurs qui me proposent de nouvelles choses, mais je suis déjà super contente de ce que j’ai et je n’ai plus envie de changer. À part ma prochaine Bacchus, je n’ai plus envie de rien [Rires].

De quelle façon gères-tu ta notoriété sur Internet ?

Quand j’ai commencé à poster mes vidéos sur YouTube, je ne cherchais rien de spécial. Je passais alors énormément de temps à regarder des covers et je voulais faire la même chose.

Les vues se sont accumulées, ça m’a encouragé à continuer même si je n’ai pas toujours posté autant que je l’aurai voulu. Ce qui est cool, c’est que je n’ai jamais fait grand-chose pour que ça marche. On me dit souvent qu’il faut faire du buzz mais ce n’est vraiment pas ma philosophie.

Photo (c) Rock Story

Le fait d'être une fille dans un milieu plutôt masculin est-il parfois difficile à gérer ?

[Rires] C’est arrivé très rarement que je reçoive des commentaires négatifs. À vrai dire, je suis contente d’être dans un groupe avec des garçons. Quatre filles, ça aurait été plus de compliqué qu’autres choses.

Sur ton site Internet, il est écrit que « The Laura Cox Band, c'est de la musique de vieux rockeurs alcooliques ». Vous fournissez les éthylotests à la fin des concerts ?

[Rires] On nous dit souvent qu’on ne joue pas la musique que les jeunes écoutent aujourd’hui. On m’a même conseillé de mettre un peu d’électro dans ma musique. Mais je ne pourrais pas, ce serait renier ce que j’aime et mes racines.


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