Le Guide Technique : les lampes redresseuses

Vous aimez savoir comment fonctionnent les choses ? Vous êtes au bon endroit ! Dans ce nouvel épisode de la série Le Guide Technique, nous allons nous pencher sur ce type plus rare de lampe qu’il est possible de croiser dans un ampli.

La première étape de notre aventure nous conduira au travers d’un point de vocabulaire incontournable avant de nous attaquer au vif du sujet : comprendre à quoi ça sert et en quoi cet élément électronique peut avoir une influence sur le son.

Si le mot « lampe » ne vous évoque rien de plus que celle d'Aladdin, vous pouvez immédiatement aller lire le premier article de ce guide technique : « Une lampe qu’est-ce que c’est au fait ? ». Suite à cette saine lecture, vous pourrez alors vous attaquer au reste de ce texte, mais aussi aux autres articles liés aux mystères des tubes électroniques de puissance et de préamplification.

Un point de vocabulaire saupoudré d’un nuage d’histoire

L’une des premières diodes de Fleming

Puisqu’il est bon de savoir de quoi on parle, parlons tout d’abord de l’origine du mot « redresseuse ». Pour faire simple : il indique tout simplement le rôle qu’à cette lampe particulière, qui d’un point de vue de l’électronicien porte le nom de « diode » ou de « double diode » si l’ampoule enferme deux « diodes ».

La diode est la première lampe électronique à avoir été inventée. C’est un Anglais au doux nom de John Ambrose Fleming, qui, en 1904 dépose un brevet qui va tout simplement révolutionner le monde : celui de la diode, ou valve en anglais. Le composant, constitué de deux électrodes plongées dans un vide poussé est tout simplement celui qui va lancer la révolution de l’électronique et de la radioélectricité. Pas mal John.

Encore une fois, si l’un des mots ci-dessus vous semble obscur, foncez jeter un œil au premier article du Guide Technique, car ce n’est pas le moment de vous perdre.

Deux double diodes

Pour aller à l’essentiel : on découvre quelques années après son invention qu’il est possible de « convertir » le courant alternatif en courant continu. En français, on dit que le courant alternatif est « redressé ».

Voilà pourquoi on parle de tube « redresseur » ou de lampe « redresseuse ». L'étymologiste que je ne suis pas ne saura pas vous expliquer si ce sont nos amis anglophones qui ont traduit le terme pour le transformer en « rectifier » ou si c’est une sombre histoire de francisation. Le fait est qu’il est communément admis de parler de redresseur et qu’on parle même de redresseur « sec » dans le beau vocabulaire des livres antiques de TSF pour parler d’une diode au silicium, mais ceci est une autre histoire.

Mais alors mon Mesa Boogie « Dual Rectifier »… Oui ! Il est équipé de deux tubes redresseurs.

AC/DC

Les lampes et les appareils électroniques fonctionnent à l’aide du courant continu (DC pour direct current), les prises électriques qui équipent nos confortables logis délivrent elles un courant alternatif (AC pour alternative current). Problème donc.

Chaque solution ayant un problème : la diode fut mise à contribution. On est capable, à l’aide de ce composant, de redresser le courant alternatif pour le transformer en courant continu. Tous nos appareils électroniques branchés directement dans une prise murale utilisent ce type de composant sous la forme antique d’un tube redresseur ou sous une forme plus moderne d’une diode au silicium par exemple.

Bien sûr, nos vieux amplis à lampes étaient tous équipés de lampes redresseuses, la diode au germanium et celle au silicium ne seront inventées et fiabilisées qu’après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Signal alternatif
Signal en partie « redressé »

L’utilisation de ce composant dans le matériel grand public sera même encore plus tardive et on en rencontre rarement dans des amplis datant d’avant les années 1960 ou alors sous la forme d’antiques redresseurs « cuproxyde » qui sont à fuir comme la peste bubonique.

Anatomie d’une redresseuse

Comme toutes les lampes, celle-ci est composée d’électrodes qui baignent dans un vide très poussé créé dans une ampoule de verre. Ici, nous retrouvons notre filament/cathode qui va en chauffant émettre des électrons, et notre ou nos anode(s) qui vont attirer ces électrons. Ces sont ces deux éléments qui forment une diode. Voilà, c’est tout, rideau. Plutôt simple non ?

Il est à noter que tous les tubes redresseurs que l’on trouve dans nos amplis sont des doubles diodes comme la GZ34, la 5U4, la 5Y3 ou encore la EZ81 par exemple. Certains possèdent parfois une cathode supplémentaire et porte le doux nom de « redresseuse à cathode à chauffage indirect ». Mais ne nous éloignons pas.

De gauche à droite : une antique type 80, 5U4-GB, GZ34, 5Y3-GT, 6X4

Quel intérêt dans nos amplis ?

Les diodes au silicium sont d’une très grande fiabilité, elles ne font pratiquement pas chuter la tension redressée (une caractéristique des tubes redresseurs), elles ne coûtent presque rien à l’achat, sont bien plus performantes et plus petites.

Diodes au silicium et pont redresseur

Mais alors pourquoi existe-t-il encore des amplis à lampes équipés de tubes redresseurs me direz-vous en agitant un doigt interrogateur ? Vous avez bien raison, c’est une question tout à fait légitime qui a une réponse très logique.

De part ses caractéristiques la lampe redresseuse vient créer une situation intéressante pour nos oreilles au niveau de l’alimentation. Elle va avoir tendance à jouer sur la compression naturelle du son à forts volume. C’est un phénomène dû à la « résistance » présentée par les anodes au bobinage haute tension du transformateur d’alimentation.

Vous êtes perdu ? Bon, là, c’est normal, mais sachez que la lampe redresseuse permet d’ajouter quelque chose de parfois difficile à décrire pour le musicien comme pour l’électronicien dans le son. Il est possible de recréer « artificiellement » cette caractéristique dans un ampli, mais nombreux sont ceux qui ne jurent que par le tube redresseur. Voilà pourquoi en 2018, on aime toujours ajouter ces types de tubes sur les petits amplis à lampes même si c’est plus cher, plus gourmand en énergie et plus fragile.

Poussez à fond un Fender Champ ou un Vox AC10 ou AC15, vous m’en direz des nouvelles.

Guide de survie

  • Un tube redresseur fonctionne ou ne fonctionne pas. C’est certainement le tube le plus simple à tester. Nul besoin de prier : c’est 1 ou 0.
  • Si votre tube redresseur a rendu l’âme : faites vérifier l’alimentation par un technicien, car c’est rarement un mort isolé.
  • Oui, les anciennes lampes redresseuses sont plus fiables que les productions actuelles, et vu leur durée de vie, ça vaut vraiment le coup.
  • On doit toujours respecter le même choix de tube redresseur si on n’a pas les connaissances, pas de mélange entre 5Y3 et 5U4 par exemple, vous risquez juste d'endommager irrémédiablement votre ampli.
  • N’oubliez pas : Pour vos questions techniques, tournez-vous toujours vers un technicien pro.

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