Le choix du technicien : 5 amplis trop souvent sous-estimés

Aujourd’hui, j’ai voulu sélectionner pour vous, non pas des amplis totalement inconnus que vous ne croiserez que sur une brocante underground des quartiers nord de Budapest, mais des modèles que vous avez déjà sûrement croisés ou dont vous avez entendu parler.

C’est avec le regard du technicien que je vais résumer les points forts qui font de ces cinq amplis des modèles à ne pas laisser passer trop vite. Je ne serai pas étonné qu’ils soient vraiment recherchés pour leurs caractéristiques uniques dans quelques années.

Les amplis « P.A. » et les amplis « Slave »

Commençons notre voyage au pays des amplis avec la catégorie qui est certainement la moins aimée et comprise. Je veux parler des mystérieux amplis « P.A. » et « Slave ». Ce sont des amplis qui étaient fabriqués à la base pour amplifier tout ce qui n’était pas guitare et basse à une époque où il valait mieux se balader avec sa propre sono.

Matamp Slave

Le type d’ampli « P.A. », pour Public Adress, existe depuis que l’amplification a été inventée. Ils permettaient de sonoriser des discours ou encore des salles de cinéma. C’est d’ailleurs de cette façon que le jeune Leo Fender a démarré sa carrière dans l’électronique.

Au cours des années 60 et 70, de nombreuses marques très connues comme Orange, Fender, Sound City ou encore Marshall sortent leurs propres modèles destinés à être utilisés sur scène en guise de sono.

Ces amplis sont souvent équipés d’au moins quatre canaux d’entrée (si ce n’est plus) et de réglages basiques de tonalité et de volume. Un réglage de volume général accompagne généralement l’ensemble. Le problème avec ces amplis, est que souvent, ça sonne très « droit » et « trop » clair. C’est pourtant justement une force qu’il faut savoir exploiter, ils sont parfaits pour servir de plateforme pour pédales d’effet.

Autre avantage indéniable : ces modèles étant complètement délaissés, les prix sont souvent très attractifs et on peut facilement se retrouver avec un monstrueux ampli tout lampe Fender ou Hiwatt pour la moitié du prix d’un ampli équivalent en terme de puissance et de qualité de fabrication de la même marque.

Les amplis « Slave » sont eux uniquement équipés d’un réglage de volume et doivent être utilisés avec un bon préampli en tête.

Fender PA 135

Les Fender Silverface « Ultra-linear »

La plupart des musiciens connaissent la différence entre les amplis « Blackface » et les « Silverface » qui correspondent respectivement à deux époques de fabrication chez Fender. Les Silverface sont souvent considérés comme étant inférieurs en terme de qualité, ce qui est vrai au niveau des composants utilisés, en particulier dans les amplis fabriqué à la fin des années 70 lorsque CBS cherche à faire un maximum d’économies. Nombreux sont les musiciens qui achètent des Silverface et les font modifier en Blackface, une pratique tout à fait compréhensible quand on voit les prix de certains Deluxe Reverb Blackface par exemple. Mais là n’est pas la question. Parlons des versions « Ultra-linear »

Twin Reverb « Ultra-linear »

À partir de 1977, Fender propose des versions plus puissantes de nombreux amplis. On passe alors de 100 à 135 W pour les Twin Reverb et les têtes Bassman Silverface. Le secret derrière cette augmentation de puissance est lié au fonctionnement de l’étage de sortie qui utilise ici un circuit « ultra linéaire », une technique déposée en 1937 par un ingénieur anglais. Pour se faire, le principal changement réside dans l’utilisation d’un nouveau transformateur de sortie qui permet ce mode de fonctionnement. Si vous voulez mon avis, c’est le meilleur transformateur de sortie développé par Schumacher pour Fender durant la période CBS sous la houlette du légendaire ingénieur Ed Jahns.

Couplé au gain de puissance et à ce nouveau transformateur, le son délivré par ces Fender « Ultra-linear » est clair et puissant. Le réglage de master volume permet en bonus de jouer avec la saturation du préampli, faisant de ces amplis très puissants des compagnons facilement domptables à bas volume. Avec une bonne révision et quelques changements de composants judicieux, ils sont vraiment au-dessus des autres amplis Silverface.


Les amplis à transistors Acoustic

En 1967, arrive sur le marché une nouvelle marque californienne d’amplificateur : Acoustic. Comme son nom de ne l’indique pas, elle sera surtout connue pour sa tête basse Acoustic 360 et son baffle 361 utilisés au sein de groupes de légende comme The Doors, Led Zeppelin ou encore par des bassistes comme Larry Graham et Jaco Pastorius.

Acoustic 360 et son baffle 361

Les amplis Acoustic utilisent des transistors pour fonctionner et offrent un son ample, chaud et puissant qui n’a rien à envier à certaines têtes à lampes. Développés au début de la généralisation de l’utilisation des transistors, ces amplis souffrent parfois de défauts de jeunesse et ont tendance à vieillir prématurément, ce qui est absolument fatal aux circuits à transistors. L'avantage de ces circuits et qu’ils datent d’une époque où les électroniciens pensent « lampes », tout est donc bien aéré et très facilement réparable. Ici aucun processeur ou composant introuvable.

La marque Acoustic fait rêver de nombreux bassistes et sa technologie à transistors est tout à fait adapter au son de basse, mais aussi de guitare comme l’a prouvé Robbie Krieger en branchant sa guitare dans des Acoustic. Il est assez facile de trouver encore ces amplis à des prix raisonnables, surtout quand ils sont vendus comme présentant des défauts qui seront facilement réparables par votre technicien préféré.


L’Epiphone Valve Junior

Tête Epiphone Valve Junior

Fabriqué au début des années 2000, le Valve Junior d’Epiphone a fait partie de cette vague de petits amplis à lampes offrant 5 W de puissance. J’ai décidé d’en parler, car j’ai eu la chance d’en avoir plusieurs à la maison.

Une entrée, un volume, deux lampes et trois choix d’impédance de sortie : la simplicité. Ce petit ampli, qui ne paye pas de mine, est un superbe candidat à la modification de circuit, le nombre de mods tournant autour du Valve Junior expliqués en ligne est pratiquement incalculable. Voilà qui résume bien cet ampli qui fera la joie de nombreux guitaristes qui recherchent un ampli lampe à pousser à fond en studio sans démolir le bâtiment.


Le Fender Musicmaster Bass

Fender Musicmaster Bass

Conçu dans les années 70 pour accompagner la basse du même nom, le Fender Musicmaster Bass était un ampli d’entrée de gamme. Difficile de faire plus simple au niveau des réglages : un volume et un réglage de tonalité. Ce petit ampli cache bien son jeu pour des raisons bien particulières.

Pour commencer, il n’utilise pas de tube déphaseur, mais un transformateur qui permet l’étage de préamplification d’attaquer la paire de lampes de puissance 6V6-GT, ou 6AQ5 selon les versions. Le résultat est un son totalement unique puisqu’aucun autre ampli de la gamme Fender n’utilise cette configuration. Ce qui est amusant ici, c’est que le fait d’utiliser un transformateur à cet emplacement du circuit fait généralement grimper le prix, car il faut qu’il soit d’excellente qualité pour assurer une réponse en fréquence optimale. Ce qui n’est pas le cas ici, les basses sont plutôt molles et les aigus un peu agressifs. C’est pourtant bien ce qui fait la force de ce petit ampli qui peut être amélioré pratiquement à l’infini vu le peut de composants qui composent le circuit.

Il est donc parfait pour s’éclater à la maison ou enregistrer en lui collant une solide pédale de Fuzz en amont. Ces amplis se trouvent souvent à de bas prix même si les musiciens semblent tous commencer à se passer le mot.

comments powered by Disqus