La malle aux trésors : les micros vintage de Kerwax

Après avoir visité son studio et discuté avec Christophe Chavanon des techniques d’enregistrement vintage qui entourent la basse, nous nous penchons aujourd’hui avec lui sur les différents types de micros vintage dont il dispose au studio. Attachez vos ceintures : les tiroirs du studio Kerwax regorgent de trésors.

Pour commencer ce type de présentation, il est important de rapidement classer les micros dans les trois catégories les plus communément admises : les micros à condensateurs, les micros dynamiques et les micros à ruban.

Micros Sennheiser MD 441

Les micros à condensateur doivent pour fonctionner, être alimentés grâce à une alimentation phantom de 48 V. S’il s’agit un micro à tube, une alimentation dédiée accompagne la plupart du temps l’ensemble. Ils restituent des sons plutôt nerveux sur certaines fréquences. Si l’on veut favoriser le haut du spectre sonore, c’est le type de micro vers lequel on va se tourner. La taille de la membrane va également jouer sur la réponse en fréquence du micro ainsi que sur l’air autour du micro que l’on appelle aussi le headroom.

Les micros dynamiques sont, mécaniquement parlant, les micros les plus solides de par leur principe de fonctionnement. Ils ont également un rendu sonore plus « dur » et des réponses en transitoires très rapides qui sont du coup moins détaillées que ce soit dans le grave ou dans les aigus. Ce sont des micros très polyvalents qui permettent de pratiquement tout enregistrer. J’utilise pour ma part beaucoup le Sennheiser 441 devant les amplis guitare par exemple.

Enfin, les micros à ruban, qui sont en fait aussi des micros dynamiques mais ils sont pratiquement toujours évoqués comme étant dans une catégorie à part, ont un rendu plus « moelleux » et « doux ». Grâce à leur courbe d'équalisation arrondie sur le haut du spectre. Ils ont de très bonnes réponses en transitoires, sont sensibles aux mouvements d'air mais sont capables d'encaisser de très haut niveau SPL. C'est le microphone qui est subjectivement le plus naturel.


RFT CM 7151

micro à condensateur

RFT CM 7151

C’est un micro à large membrane qui fonctionne grâce à deux lampes EF12. L’énorme corps du micro abrite toute la partie électronique ainsi que, chose plutôt rare, l’alimentation du micro. C’est une caractéristique qui peut éventuellement poser des problèmes. Avec certains de ces micros on se retrouve avec pas mal de 50 Hz dans le signal en sortie. Il tire de sa forme son surnom de « Leipzig Bottle ». Ce modèle est équipé de la capsule M7, la même que celle utilisée dans les micros Neumann U47.

Le 7151 est un micro fabriqué en Allemagne juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’était pas vraiment utilisé en studio, mais plutôt pour sonoriser des discours politiques. C’est sa préamplification intégrée assurée par les deux pentodes EF12 qui lui permettait d’être directement branché dans un ampli de sonorisation.

Au niveau de l’utilisation, c’est un super micro. Effectivement, l’alimentation interne ramène un peu de ronflette et de buzz, mais on oublie vite ces problèmes car la définition sonore est vraiment fabuleuse. J’aime bien l’utiliser sur les voix et en ambiance pour récupérer une peu de « room », que ce soit pour la batterie ou même des prises live complètes. Il réagit également très bien avec des cordes. Avec le 7151, ce qui est intéressant, c’est son fort niveau de sortie qui frôle parfois le niveau ligne. Pas besoin d’un gros préampli derrière, il se suffit à lui-même.

Il peut recevoir différentes capsules. Ici, on a la M7 décrite plus haut, qui est une cardioïde. Il existe aussi la M8 qui est en figure « 8 » et la M9 qui est omni. Ce qui permet encore d’augmenter son champ d’application.


STC 4021

micro dynamique

STC 4021

Fabriqué par l'entreprise anglaise Standard Telephones and Cables Limited, qui deviendra bientôt Coles. Ce micro était, lui aussi très peu utilisé en studio. Il servait notamment à Abbey Road de talk-back, c’était donc un microphone utilitaire qui permettait de communiquer entre la régie et la pièce de prise. Il se trouvait à environ 2 m du sol, juste au-dessus de la console de mixage de l’ingénieur du son.

Il est de type dynamique omnidirectionnel. À la base, il a été développé pour être capable de mesurer des sons très puissants et donc de résister à de très fortes pressions acoustiques. C’est une véritable pièce d’horlogerie fabriquée avec le plus grand soin : il fonctionne toujours parfaitement.

Très rapidement, des ingénieurs du son se sont intéressés à ce micro pour l’utiliser lors d’enregistrements en studio de batteries notamment. En le plaçant au-dessus de la grosse caisse, pointant vers la caisse claire, il reprend tout l'environnement de cette dernière. Dans cette configuration, allié à une solide compression, difficile de trouver un autre micro avec un son similaire. Ça reste un micro qui est quand même difficile à utiliser. Pour ma part, je ne l’utilise qu’avec des batteries, après on peut en faire ce qu’on veut, mais c’est dans ce domaine qu’il est le plus utile.


Altec M11

micro à condensateur

Altec M11

Surnommé le « coke bottle », ce micro se décompose en trois éléments principaux : le micro à condensateur Altec 21B en lui-même, un corps 150A et une alimentation externe qui permet de faire fonctionner l’ensemble. Petite information amusante : à l’époque, il était vendu comme étant un micro très fin qui permettait d’éviter de cacher les artistes lorsqu’il était sur scène. C’est vrai qu’à l’époque de sa mise sur le marché, on utilisait des gros micros à ruban RCA qui était vraiment imposants. À l’utilisation, il n’est pas très pratique pour la voix : c’est un micro omnidirectionnel, il capte donc tous les bruits parasites autour du chanteur.

Il est équipé d’une lampe pentode 6AU6. L’ingénieur du son Steve Albini l’utilise beaucoup en room pour enregistrer des batteries. Il installe le micro très proche du sol histoire de récupérer beaucoup de basses fréquences.

Pour ma part j’aime bien l'utiliser en overhead mono de batterie à environ 1 m, 1 m 50 au-dessus de la batterie, avec sa capsule omni ça marche vraiment super bien. Je l’utilise aussi pour enregistrer des timbales, mais cette fois-ci le micro est au moins à 5 m de la source.


Mélodium 42B

micro à ruban

Mélodium 42B

C’est le micro à ruban fabriqué en France le plus connu. Comme pour le micro RFT, c’était un micro d’abord développé pour utilisation lors de discours ou à la radio comme en témoignent ses réglages « Speaker, Voix, Musique ». Il a été développé dans le courant des années 40 pour répondre aux demandes de l'industrie radiophonique de l’époque.

Il est équipé d’un ruban en « Duralumin » placé au milieu d’un aimant statique très puissant. Le niveau de sortie est assez faible, mais sa richesse sonore efface rapidement cette première impression. Il peut largement concurrencer certains modèles américains comme le RCA 44. J’ai plusieurs modèles de ce micro, certains équipés de transformateurs de sortie et d’autre sans.

C’est un micro que j’utilise principalement en overhead de batterie, assez proche des toms. J’aime également beaucoup l’utiliser sur tous les soufflants, dès qu’il y a une section cuivre à enregistrer. Pour les voix, je l’utilise en laissant une bonne distance (au moins 50 cm) entre le chanteur et le 42B sinon on se retrouve avec trop de basses dû à l'effet de proximité.

La suite de la collection


Vous venez de lire le deuxième entretien en lien avec l’enregistrement vintage réalisé au studio Kerwax, en compagnie de Christophe Chavanon. Pour ne manquer aucun épisode de cette nouvelle série, n’hésitez pas et abonnez-vous pour recevoir directement le prochain article qui sera consacré à une autre technique d’enregistrement vintage.

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