Interview de MeloDuende : L’alu totale

L’histoire de MeloDuende, c’est d’abord celle de deux frangins, Jérémy et Bertrand, qui ont construit leurs premières guitares après avoir flashé sur les modèles en acier de James Trussart. Sauf que leur truc à eux, c’est l’aluminium. Leurs premiers essais ont lieu en 1996 – « pour le fun » – jusqu’au jour où le duo saute le pas et se lance professionnellement en 2009.

Établis à Semur-en-Auxois, en Bourgogne-Franche-Comté, les MeloBoys ont depuis fait leur petit bonhomme de chemin en fabriquant des instruments pour Scott Holiday de Rival Sons, CC de Shaka Ponk, Johnny Hallyday, Billy Gibbons, etc. Rencontre avec l’un des deux papas de la marque, Jérémy Sachoux.

MeloDuende, ce sont des guitares et des basses au look immédiatement reconnaissable, mais c’est surtout une philosophie : celle de l’aluminium. Comment a germé cette idée dans votre esprit ?

Le modèle Orlando Custom

Ça s’est fait par étapes. Vers 14-15 ans, avec Bertrand, on a voulu fabriquer des guitares pour s’amuser. Mon papa avait une petite entreprise de mécanique de précision, avec tout le matériel qu’il fallait.

À l’époque, j’avais le bouquin « Luthiers et guitare d’en France » [de Klaus Blasquiz, Francis Cabrel et Muriel Ferstenberg paru aux éditions Chandelle] qui m’avait fait découvrir le travail de James Trussart, encore établi en France à l’époque. Aussi, on démontait les guitares qui nous passaient entre les mains.

On a commencé à fabriquer des hollow body en acier inox, mais ça ne collait pas à cause du poids trop élevé. Alors, on est parti sur de l’aluminium. Notre première guitare n’a pas été simple à réaliser car le point de fusion de l’alu est bas, que ça peut vite fondre, etc. On s’est gratté la tête pour trouver des techniques et arriver à un résultat correct.

Comment vous répartissez-vous le travail avec Bertrand ?

Bertrand a une formation d’ébéniste. Son truc, c’est la partie manuelle : soudure, ponçage, découpe des manches, etc. Quant à moi, je gère la partie réglage-câblage et le côté plus administratif : devis, mise à jour du site Internet, rencontres avec les clients, etc.

Le modèle Colonel Custom

Y’a-t-il des luthiers qui vous inspirent ?

Ce sont surtout les guitaristes qui viennent nous voir nous inspirent. À travers eux, on découvre le travail d’autres luthiers ou d’autres marques.

Quand un client nous contacte, il a nos réalisations à l’esprit mais il vient aussi avec ses propres idées. Ensemble, on réalise l’instruments en 3D et on ajuste si nécessaire.

La partie « dessin » est assurée par Cédric Dufour qui est le cousin de Bertrand. Dans les luthiers qui m’ont marqué, il y a le californien Doug Kauer qui propose des guitares au format type Firebird très réussies.

Guitare en cours de fabrication

Êtes-vous vous-même guitariste et est-ce que cela influe sur votre travail ?

Au départ, on a fabriqué des guitares car on voulait les jouer et qu’on faisait de la musique. Bertrand joue surtout de la basse et moi plutôt la guitare.

On aime les instruments et la musique de manière générale. Je ne dis pas qu’un luthier doit être obligatoirement musicien, mais le fait de savoir jouer va orienter certains choix.

Aucun modèle inspiré par la Strat n’est proposé dans votre catalogue. Y’a-t-il une raison ?

On n’a jamais eu la demande mais on ne l’a pas faite non plus. C’est un gabarit moins adapté qu’une Telecaster ou une Les Paul car elle a beaucoup de formes arrondies.

Si on la faisait en aluminium, le résultat serait plus proche d’une Ibanez. Après, on s’est déjà lancé dans des formats SG, nécessitant douze pièces au lieu de trois habituellement.

Une fois que les guitares sont fabriquées, comment t’y prends-tu pour démarcher des distributeurs ?

Quand on a commencé, on pensait que la meilleure façon d’exister sur le marché était d’avoir nos instruments en magasins. On a développé un petit réseau de distribution, c’est-à-dire que les magasins nous achetaient deux ou trois guitares et les revendaient.

Chaque instrument est unique et répond à une demande personnalisée.

Aujourd’hui, on travaille beaucoup avec les musiciens directement, d’autant que chaque instrument est unique et répond à une demande personnalisée et que nous ne fabriquons pas de modèles de série.

On marche beaucoup grâce au bouche à oreilles, aux relais que font les médias à notre sujet et à Internet. Récemment, Reverb qui nous a permis de vendre trois instruments en quinze jours.

Scott Holiday de Rival Sons est votre principal ambassadeur.

Scott nous a apporté beaucoup car il tourne partout dans le monde. Depuis qu’il a une Melo, il l’utilise à chaque concert sur un ou deux titres. À l’époque de l’album « Great Western Valkyrie », il ouvrait avec le titre Electric Man… et sa Melo.

MeloDuende fabrique aussi des basses

Réussir à vivre de son travail d’artisan, c’est un combat de tous les jours. Penses-tu que les galères des débuts soient définitivement derrière ?

Ce n’est pas un métier évident et dans lequel on fait fortune. En revanche, on fait fortune dans les rencontres humaines.

Quand on dit que les MeloDuende sont faites à la main, c’est vraiment fait à la main !

Quand on a commencé, on était super naïf. Personne ne croyait au projet mais on voulait absolument essayer. Souvent, les gens pensent que nous sommes une grosse structure avec des machines numériques et qu’on fabrique des guitares en deux coups de cuillère à pot.

Dans la réalité, l’atelier est grand comme un garage et nous n’avons que du petit outillage [Rires]. Quand on dit que les MeloDuende sont faites à la main, c’est vraiment fait à la main !

On fabrique environ trente guitares par an et le délai d’attente est de sept mois. Cette année, notre objectif est de trouver un local plus grand et d’investir dans de nouveaux équipements.

Sortons un peu de la lutherie pour la dernière question. Si tu devais citer deux ou trois de tes disques fétiches, ce serait…

Je suis un dingue de vinyles et de musique. Dans tous les styles, il y a des trucs que j’adore. Te citer trois disques, ce n’est pas assez [Rires] !

Dans ma liste, il y a « Exil On Main St. » des Rolling Stones, « Wish You Were Here » de Pink Floyd, « Sign o' the Times » de Prince, « Fight for Your Mind » de Ben Harper, « Pearl » de Janis Joplin, « The Freewheelin’ » de Bob Dylan, « Electric Ladyland » de Jimi Hendrix.

Les Dire Straits aussi… Ça, c’est pour Bertrand qui en est fan de Mark Knopfer. Il est aussi dingue de musique Soul et de reggae. Dans un registre plus rock, il y a Bruce Springsteen que j’adore.

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