Arturia, des synthétiseurs conçus au pied des Alpes

« La technologie doit être au service du musicien et non pas être une entrave à sa créativité. »

C’est en France, à Grenoble plus précisément que l’entreprise mondialement reconnue pour ses logiciels et ses instruments comme le MiniBrute est née en 1999. Deux personnes, Frédéric Brun et Gilles Pommereuil en sont à l’origine, deux ingénieurs, mais surtout deux musiciens qui cherchaient à utiliser la technologie pour pouvoir créer de la musique.

Curieux de savoir comment on travaillait chez Arturia, Reverb est allé faire un tour dans la capitale des Alpes pour rencontrer l’équipe au milieu de cartes électroniques, d’oscilloscopes et de synthétiseurs démontés.

C’est une équipe jeune et passionnée qui occupe les deux étages de l’entreprise située à quelques encablures du centre de Grenoble. La majorité du travail est effectuée sur place, des premières étapes de recherches et de design aux phases finales de test. Seule l’étape finale de production industrielle est confiée à un partenaire asiatique. Pour le reste, tout est imaginé, créé et finalisé à Grenoble.

Nous avons pu rencontrer un des fondateurs d’Arturia, Frédéric Brun qui a répondu à nos questions.

Arturia a maintenant presque 20 ans, comment étaient les débuts ?

Frédéric Brun

Au départ en 1999, on s’est dit qu’on allait pouvoir faire de la musique assez facilement et pour pas très cher grâce à la technologie, l’ordinateur devenait à l’époque assez puissant pour remplacer les processeurs qu’on trouvait dans les synthétiseurs ou dans les racks d’effets. Au début, c’était un peu un défi, la plupart des gens étaient assez méfiants, on a été confrontés à pas mal de problèmes techniques pour mener à bien notre projet. Mais petit à petit, aux côtés d’autres sociétés comme Native Instruments ou Propellerhead, on a contribué à montrer qu’on pouvait faire de la musique sur ordinateur.

Notre premier produit s'appelait Storm, c’était un petit studio de production musicale sur ordinateur facile à utiliser et pas cher. Il est vraiment arrivé au bon moment sur le marché, la demande était là. Arturia est vraiment née à partir de ce moment là. Le nom est également né à l’époque, c’est Gilles Pommereuil qui avait cette idée en tête, Arturia pour : Art, Culture et Multimédia, il y a dix-huit ans « le multimédia » était un mot du futur.

Vos premiers produits étaient des logiciels, en 2008 vous avez décidé de créer votre premier synthétiseur hardware, le Origin. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans la fabrication de matériel après avoir travaillé dans le domaine des logiciels ?

Dès 2004 sur un appareil en rack, le Origin a été notre premier synthétiseur hardware à sortir en 2008, en parallèle nous travaillions également sur des contrôleurs MIDI comme le Analog Factory Experience.

Les bureaux Arturia

À l’époque, nous avions des demandes de musiciens qui ne voulaient pas jouer sur scène avec un ordinateur, c’est d’ailleurs toujours le cas. On s’est alors dit qu’il fallait leur proposer une nouvelle solution en intégrant nos algorithmes dans du hardware. La deuxième raison qui nous a poussé à aller vers le hardware, c’est le piratage, il est simple de copier un logiciel, pirater un appareil électronique c’est déjà nettement plus compliqué.

Lors du développement de la série Brute, à quelles problématiques avez-vous dû faire face ?

C’est surtout au moment de se lancer dans l’idée même de cette série qu’il a fallu se poser des questions. Nous voulions toucher un maximum de musiciens à la recherche de synthétiseurs de bonne qualité, abordables mais surtout originaux et accompagnés de nouvelles fonctionnalités et d’un son Arturia.

MiniBrute

On a fait des choix assez radicaux, nous voulions un clavier assez réduit, un format compact, mais une forme générale assez iconique. À l’intérieur, on est parti sur un filtre Steiner-Parker, nous avons également créé nos propres oscillateurs, on ne voulait pas créer un Moog-like.

C’est surtout vers la fin qu’il a fallu se confronter à de nouveaux problèmes comme mettre en place des testeurs qui n’existaient pas pour tester les différents contrôles du synthétiseur.

Chez Arturia, on sent un réel attachement aux sons analogiques des ancêtres vintage, de quelle émulation êtes-vous le plus fier ?

Celle qui a le plus marqué l’histoire d’Arturia c’est pour moi le Moog modulaire, c’est la première sur laquelle nous avons travaillé, nous étions à l’époque les premiers à proposer un synthé virtuel d’une telle ampleur. Même si Reaktor existait à l’époque, on avait vraiment une approche différente, eux proposaient un atelier de création et nous un véritable instrument.

Les tripes d'un MatrixBrute

Lors de la sortie de notre émulation elle était vraiment au-dessus de ce qui se faisait à l’époque, on avait même l’endorsement Moog.

Quels sont, pour vous, les plus grandes innovations à venir dans le monde de la musique en terme de technologie ?

Les lignes bougent au niveau de tout ce qui est interface actuellement, que ce soit au niveau du tactile par exemple. Il est probable que ce soient des technologies qui rentrent dans le monde de la musique, on est également capable de tout mesurer grâce à des capteurs, que ce soit le mouvement ou la pression. C’est donc certainement la manière d’utiliser les instruments qui va également évoluer.

AudioFuse en test

Notre nouveau produit AudioFuse arrive sur le marché, en terme d’interface audio, c’est la première fois qu’on développe quelque chose comme ça. C’était un long travail qui nous a demandé de penser et de travailler de manière différente pour en arriver à un résultat dans le pur esprit Arturia.

Dans le futur, nous souhaitons continuer à travailler dans cette optique, nous allons sortir de nouveaux instruments, continuer le hardware et les logiciels, marier l’analogique et le numérique en utilisant nos codes : avoir une bonne qualité sonore, de la singularité dans nos instruments et un bon rapport qualité prix.

La technologie doit être au service du musicien et non pas être une entrave à sa créativité.

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