Rencontre avec Sanseverino, un musicien à qui on ne la fait pas

À 56 ans, Sanseverino a un solide passé de musicien. Du rock au jazz manouche en passant par le bluegrass, c’est un guitariste accompli qui aime explorer les différents styles musicaux.

Stéphane Sanseverino n’a pas sa langue dans sa poche et c’est à Paris, autour d’une table du New Morning que nous l’avons rencontré pour parler nouvel album, Django Reinhardt et amplis Fender.

Ton dernier album était basé sur le roman d’Henri Charrière Papillon, est-ce un exercice difficile que de se mettre dans la peau d’un héros et de le faire vivre aux rythmes des chansons plutôt qu’au rythme des pages ?

Une fois que tu es rentré dans le livre, que tu as fait une chanson ou deux et que tu arrives à t’approprier l’histoire et l’écriture, c’est plutôt facile. Mais ça reste effectivement un exercice particulier qui relève d’une technique rigoureuse.

Au final, ce qui me prend le plus de temps, c’est de trouver les bons thèmes qui sauront raconter une histoire au travers de mes paroles. Je ne veux pas faire un simple résumé du livre, je veux pouvoir raconter une histoire que je connais.

Un guitariste comme Django Reinhardt t’a beaucoup inspiré, qu’est-ce qui à tes yeux rend sa musique et son jeu unique ?

Pour moi, c’est le fait que c’est un mec qui est vraiment sorti de nulle part, ça se trouve il existait à l’époque plein de musiciens aussi talentueux que lui. Mais ce qui le rend unique, c’est vraiment son génie, il arrive à jouer des morceaux pleins de sentiments, de tendresse et de virtuosité, c’est jamais faux et c’est toujours de bon goût, il n'y a jamais un coup de main droite mal placé.

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Django met énormément de cœur et de talent dans sa musique, il est loin de certains guitaristes que je considère comme trop techniques, ils oublient parfois d’y mettre des sentiments.

Les guitares jouées par Django étaient fabriquées par Selmer, quelle est ta marque fétiche ?

Pour commencer, je pense que Django jouait sur tout ce qui lui passait sous la main, effectivement il aimait beaucoup les guitares Selmer, mais comme beaucoup de ses comparses à l’époque, il devait arriver à des concerts sans guitare et prendre ce qu’il y avait sur place pour jouer. Après il faut souligner le fait que ces « guitares d’orchestre » allaient parfaitement à son jeu.

Si les Les Paul avaient existé, il aurait certainement joué dessus, si ça avait été des Seagull, même chose. Il a vraiment utilisé ce qui se faisait de mieux à l'époque. Après il n'aurait pas utilisé une Gibson J-200, ce n'est pas un son qui ressemble à sa musique, c’est vraiment fait pour chanter des ballades.

Au niveau des guitares que moi j’aime, j’en découvre et j’en redécouvre. En ce moment j’ai une petite Martin de 1936, c’est une guitare toute simple mais qui est vieille et bien sèche, elle manque parfois de graves du coup j’ai une Collings pour obtenir un son différent sur mes morceaux bluegrass. En électrique, j’ai une James Trussart en forme Jazzmaster que j’aime beaucoup, j’adore aussi les Gretsch Country Gentleman.

Tu contribues à l’activité d’une école de musique en ligne, est-ce important pour toi de transmettre aux jeunes ?

J’aime vraiment montrer et apprendre les choses que je sais jouer, j’ai appris la musique en autodidacte donc difficile de parler de « professeur », c’est important que les musiciens se rendent compte qu’on peut faire de la musique autrement qu’avec un ordinateur, pouvoir être capable de jouer un morceau en entier pour l'enregistrer au lieu de faire des copier-coller avec des logiciels, c’est quand même mieux.

Dès que je peux, je fais des masterclass avec des musiciens qui en ont envie, si un jeune vient me voir et qu’il a besoin de conseils, je suis vraiment heureux de pouvoir lui en donner.

Quels conseils donner aux guitaristes débutants, ou souhaitant se perfectionner à la guitare manouche ?

« Devenir musicien ce n’est pas une situation beaucoup plus précaire que de bosser chez Apple. »

C'est simple, écoutez Django sans arrêt ! C’est la même chose avec tous les styles, il faut s'entraîner pour réussir à progresser et atteindre l’étape de la composition. Faites de la musique et surtout faites celle qui vous plaît. Devenir musicien ce n’est pas une situation beaucoup plus précaire que de bosser chez Apple.

Un nouvel album en vue ?

Oui, il sortira en septembre et il s’intitule Montreuil/Memphis. C’est vraiment mon album le plus électrique, travaillé avec la James Trussart, une Gibson SG et ma 6120 de chez Gretsch.

En question bonus, je suis un grand fan des vieux amplis, tu joues sur quoi ?

J’adore le Fender Bassman '59, j’ai aussi un Bassman Ten, un Deluxe Reverb et un Champ. Je suis très Fender quand il est question d’amplis. Je n'ai pas beaucoup de pédales d’effet, mais il y en a une que j’utilise souvent, c’est ma Ibanez TS9.

Le Matériel de Sanseverino sur scène - Photo par Sanseverino


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