Tour de France : rencontre avec le réparateur qui prend soin des amplis des Rolling Stones

Pour le second épisode de notre série Tour de France , direction le sud de la Touraine, c'est au milieu des champs que nous avons rencontré Stéphane Archambault réparateur reconnu de matériel vintage depuis plus de treize ans.

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Sa longue histoire de réparateur lui a permis de côtoyer plus de matériel que bon nombre de musiciens. Stéphane travaille chez lui dans sa ferme, il a installé son atelier dans les nombreuses dépendances qui entourent la cour. Rencontre entre deux orgues Hammond démonté et un Twin Reverb les tripes en l’air.

Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ce métier en particulier ?

À la base, j’ai une formation d’électronicien, mais c’est bien plus tôt, vers l’âge de quatorze ans que j’ai commencé à réparer tout ce qui me passait sous la main. Ma première vraie expérience de réparation, c’était dans un cinéma, ils avaient une vieille bécane des années 50, un ampli à lampes Cinemeccanica, ils voulaient réparer le projecteur qui allait avec alors je me suis occupé de l’électronique.

Stéphane Archambault dans son atelier

J’ai bossé dans l’industrie, mais c’était vraiment le monde de la musique qui m’attirait, à côté de mon boulot je fabriquais des pédales d’effets et dès que l’occasion s’est présentée, j’ai décidé de monter ma propre boîte de réparation de matériel de musique, c’est à cette époque que j’ai également commencé à louer du matériel. Au début, je bossais avec mon Twin Reverb, une Slingerland, une tête Ampeg et un Hammond B-3 en tout et pour tout. C’était l’aventure !

Lorsqu'on évoque ton travail dans le milieu, difficile de ne pas faire référence au fait que tu aies bossé sur les amplis des Rolling Stones. Tu peux m’en dire un peu plus ?

La vie est vraiment pleine de surprises. L’histoire débute alors que j’étais sur Paris pour travailler, le soir je suis allé dormir dans un studio de répétition. Je savais juste qu’il y avait une grosse répèt de prévue le lendemain. Le lendemain matin je me réveille et on me dit : « Les Rolling Stones sont en répétition et il nous manque quelqu’un pour s’occuper des claviers ce matin, est-ce que tu peux t’en charger ? ».

J’ai dit oui. C’était des Wurlitzer, des Rhodes et des Hammond pour l’essentiel, j’ai donc tout installé et tout monté. Les claviers fonctionnaient, mais il y avait pas mal de petites pannes. Le type qui s’occupait du matos des Stones m’a demandé si je pouvais m’en occuper et l’histoire est née.

J’ai ensuite travaillé sur les amplis de Keith Richard, j’ai réparé leurs têtes Ampeg SVT et pas mal de Twin « tweed ». Après tout ça, je suis parti sur leurs tournées européennes avec eux et c’était vraiment génial. Travailler pour un groupe comme les Rolling Stones demande beaucoup de rigueur et de disponibilité, mais c'est vraiment le pied !

Parlons matériel, du point de vue du réparateur quel est pour toi l’ampli le plus fiable sur le marché ?

Sans hésiter, je te citerais trois marques anglaises, les vieux Marshall, les vieux Hiwatt et les vieux Orange. De toute façon quand tu sais qu'une marque comme Hiwatt a été fondée par un ancien des transmissions de l'armée britannique, tu peux y aller les yeux fermés, c'est du sérieux.

Et au niveau son maintenant qu’est-ce qui pour toi sonne le mieux ?

Les premiers Vox AC-30 Top Boost fabriqués en 1962, par contre ce n'est pas aussi fiable que les autres marques Anglaises si tu veux mon avis. Les amplis Vox ont vraiment une très forte personnalité, que ce soit le AC-15 ou le AC-30, dès que j’entends un morceau, j’arrive à les reconnaitre. Je suis également un grand fan du son des vieux Fender époque Tweed ou Blackface, j’ai eu un Twin Reverb de 1964 l’autre jour, il suffit de brancher sa guitare et de l’allumer pour comprendre le sens de la vie. Il se passe tout de suite un truc incroyable.

Orange Matamp

Quels sont les instruments les plus incroyables sur lesquels tu as eu à travailler ?

Un jour j’ai mis les mains dans un orgue Dereux, c’était vraiment complètement fou. C’est un orgue qui fonctionne avec des disques en verre sur lesquels sont gravés des notes sous forme d’ondes.

J’ai aussi travaillé sur un Melotron, j’en garde un super souvenir en terme de sonorité même si c’est une vraie galère à régler correctement. Il y a eu aussi un Clavioline, c’est un synthé monophonique de la fin des années 40, chaque jour apporte son lot d’instruments incroyables à l’atelier, c’est certainement aussi pour ça qu’on fait ce métier.

Tu vois passer tous les jours du matériel ancien, comment se porte le marché du vintage actuellement ?

Plutôt bien au final, ce n'est pas le fait que les musiciens soient des gens coincés dans le passé, mais il ne faut pas se leurrer, d’un point de vu technique et sonore difficile de dépasser ce qui a été inventé il y a 50 ans. Après, c’est mon avis, mais le matériel vintage a encore de beaux jours devant lui.

Un coin d'atelier

Une plateforme comme Reverb te semble cohérente avec les attentes en matière de recherche d’instruments par les musiciens ?

Permettre de faciliter les échanges de matériel et faire vivre ce marché par la même occasion c’est quelque chose de vraiment important. Je suis un peu triste de me dire qu’il y a certainement des vieux Rhodes ou des super amplis qui prennent la poussière pour rien.

Un outil comme Reverb, qui permet de remettre toutes ces belles pièces en circulation, c’est vraiment top. Mais parfois les gens ont du mal à estimer ce qu’ils veulent vendre et c’est cette étape qui les bloquent, soit ils ont peur de vendre pas assez cher et de se faire avoir, soit de vendre trop cher et de ne jamais réussir à se séparer d’une vieille guitare ou d’un vieil ampli… Alors un outil comme le guide de prix c'est vraiment quelque chose d'utile.

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