Tour de France : À la rencontre de Jean-Raphaël Guillaumie, artisan-luthier Bordelais

Pour cette nouvelle étape de notre Tour de France, rendez-vous en Gironde, dans la ville de Bordeaux.

Après plus d’une décennie d’une vie professionnelle riche, en passant par des postes comme d’enseignant en équitation, vendeur en magasin de musique ou encore assistant de production dans un studio d’enregistrement... C’est finalement sa passion pour la lutherie qui magnétise Jean-Raphaël Guillaumie. Il décide alors d’en faire son nouveau métier.

Formé à la lutherie au début des années 2000 par Claude Fouquet, un luthier de l’Hérault aujourd’hui disparu, Jean-Raphaël lance son premier atelier quelques années plus tard. Aujourd’hui, il nous raconte son histoire ainsi que celle de son lieu de travail situé dans une ruelle du vieux Bordeaux.

C’est en 2010, dans le Tarn, que je décide de développer un premier embryon d’atelier dans mon garage. Je teste la méthode, j’organise consciencieusement l’atelier pour optimiser la productivité. La mayonnaise semble prendre rapidement : les premiers clients, les premiers sourires, c’est ok. J’ai besoin de concrétiser, et de passer à une autre échelle.

Jean-Raphaël Guillaumie

En 2013, je m’installe à Bordeaux et j’ouvre mon atelier au numéro 11 de la rue du Muguet, au cœur du quartier historique de Bordeaux.

J’arrive à finalement transposer exactement ce que je faisais dans mon atelier Tarnais : des réparations de guitares, des cours de guitare, et du dépôt-vente vintage et haut de gamme. Les musiciens Bordelais ont accueilli très chaleureusement mon installation et j’en suis assez fier.

Mon emploi du temps s’articule autour de trois activités principales. La moitié de mon temps est dédié aux réparations et customisations de guitares électriques et acoustiques, mais aussi de basses, banjo, ukulélé, dobro et bien plus.

C’est passionnant ! Je passe mon temps à résoudre des problèmes de réglages, d’actions, de justesse, de précisions harmoniques, de tirant de cordes, de codes couleurs, de hauteurs de micros, de renversement de manches, de pontets réglables en 3D, de section de fils, de soudures sèches, de trussrod double action, de condos trop gros, de circuits actifs ou passifs, d’accastillage chrome gold noir cosmo black vintage gold brass copper... C’est ma routine et ça me botte !

Ensuite, j’occupe un quart de mon temps à la fabrication de guitares acoustiques et électriques. Je réalise des guitares sur-mesure pour guitaristes exigeants. L’important pour moi est la créativité et la liberté dans le respect du cahier des charges du musicien.

Le dernier quart est occupé à la gestion de mon dépôt-vente, de cours de guitare et à la réalisation de projets collectifs en compagnie d’autres luthiers et artisans. Le dernier en date a donné naissance à La Dissidente, une guitare pensée, développée et fabriquée par une vingtaine de personnes.

Gibson ES-350T de 1956 vendue par Jean-Raphaël

Pour le dépôt-vente, je reçois des instruments de propriétaires qui me confient la vente de leur instrument. Je sélectionne attentivement mes instruments en dépôt-vente, dans le but de cibler des instruments plutôt vintage US ou Made In Japan en électrique et acoustique. J’ai également des guitares Jazz, folks, électriques de toutes marques Fender, Gibson, Santa Cruz, Rickenbacker, Gretsch, Blazer, PRS, Martin, Guild, Schecter, Ovation, Ramirez, etc.

Je ne donne plus beaucoup de cours de guitare, mais quand j’en ai l’occasion, c’est une bouffée d’oxygène pour moi ! Je conçois mon « travail » dans sa globalité, et j’interfère partout où le musicien est en contact avec sa guitare.

Les cours sont l’occasion pour moi d’échanger un savoir que j’ai moi-même reçu il y a presque 20 ans quand j’étais élève du Centre des Musiques Actuelles de Valenciennes.

J’y ai reçu un apprentissage qui a été décisif pour moi, car j’ai eu la chance de rencontrer d’excellents professeurs qui m’ont offert un champ musical très large, du metal au jazz. J’ai énormément appris à leurs côtés. Je les en remercie encore.

Mes projets actuels sont centrés sur un rééquilibrage de mes activités, à savoir, offrir plus de temps à la créativité, l’innovation et à la formation des jeunes. En effet, mon atelier de Bordeaux me permet d’offrir l’espace nécessaire à l’accueil de jeunes ou apprentis. J’entreprends à présent de partager mon expérience au service de la formation.

Cette activité de transmission me plaît de plus en plus et c’est pourquoi je vais offrir d’avantages de mon temps à cette activité de transmission des savoirs. Le plus important, c’est le sentiment d’avoir bien fait en guidant ces jeunes motivés. D’ailleurs, certains sont en cours d’installation, et j'apporte mon aide dans cette aventure.

Jean-Raphaël et la Dissidente

Souhaitant par ailleurs joindre l’utile à l’agréable, il est probable que je décide de retourner un jour sur les terres de mon enfance, au cœur des forêts de noyers, en Corrèze… À bon entendeur, salut !

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