Les premiers instruments électroniques : les ondes Martenot

Il y a quelque temps, nous avions débuté notre série explorant les premiers instruments électroniques en parlant d’un appareil inventé à la fin des années 1930 par Georges Jenny, musicien et ingénieur français : l’ondioline.

Aujourd’hui, nous remontons encore le temps, direction la France de la fin des années 1910 à la rencontre d’un inventeur français, concepteur de l’un des premiers instruments de musique électronique au monde.

Naissance de l’invention

Maurice Martenot (assis) avec le compositeur Pierre Vellones

Dès son enfance, Maurice Louis Eugène Martenot dispose de véritables dons dans le domaine de la musique. Il apprend différents instruments et se passionne pour la pédagogie musicale. C’est donc tout naturellement qu’il commence à travailler dans ce domaine. Mais Maurice Martenot est également passionné par l’innovation, il souhaite pouvoir mettre la science au service de la musique, ouvrant ainsi de nouvelles voies et possibilités aux musiciens.

Alors âgé d’à peine vingt ans, il doit participer à la Première Guerre mondiale. Il est enrôlé au poste d’opérateur radiotélégraphiste, une science en pleine évolution qui prouve toute sa valeur sur le champ de bataille, permettant de transmettre sans fil, des informations cruciales sur plusieurs kilomètres.

L’armée travaille d’ailleurs en collaboration avec de nombreux scientifiques et ingénieurs à l’amélioration constante de cette nouvelle technologie et n’hésite pas à financer les recherches, donnant un coup de boost non-négligeable à cette discipline.

Maurice Martenot se passionne très vite pour ces ondes, il découvre, au sortir de la guerre, qu’il est possible de créer de la musique avec celles-ci. Dès 1918, il travaille sur différents prototypes. L’électronique balbutiante ayant fait un bon de géant en quatorze années de guerre, le champ des possibilités est alors très vaste.

Brevet de Maurice Martenot, 1931

Au début des années 1920, il dépose un brevet pour son invention en France. Les années suivantes, l’inventeur prolifique en dépose également aux États-Unis pour protéger son travail.

En 1928, Maurice Martenot présente sa première « onde musicale » lors d’un récital à l’Opéra de Paris. Le succès auprès du public est immédiat. Une décennie plus tard, lors de l’Exposition Universelle de 1937 qui se déroule à Paris, l’instrument fait sensation et de nombreux compositeurs s’intéressent aux possibilités offertes par les ondes de Mr Martenot.

L’instrument passe à la postérité et est reconnu comme instrument d’orchestre. Les ondes sont toujours enseignées au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Description, principe de fonctionnement et évolution

Onde Martenot par Christian Braut

L’onde Martenot est un instrument monodique, ne fournissant donc qu’une seule fréquence à la fois. Tout le contrôle du jeu de « l’ondiste » (le joueur d’ondes Martenot) est assuré grâce à des commandes qui vont évoluer avec les différentes versions de l’instrument.

L’un des premiers modèles développé par Maurice Martenot à Neuilly-sur-Seine ressemble à un petit meuble sur lequel on retrouve un ruban souple installé au-dessus d’un clavier fictif qui ne sert ici que de repère au musicien.

Toute l’électronique de l’instrument repose sur l’utilisation d’oscillateurs à tubes électroniques, de filtres et d’autres combinaisons de composants passifs. Le son obtenu est souvent comparé à celui d’une scie musicale. De part la forme d’onde sinusoïdale qui sort de l’instrument, on retrouve également des similitudes avec la voix humaine.

L’ondiste joue de l’onde Martenot en utilisant une bague, qu’il faut enfiler à l’index de la main droite, reliée au ruban et à un potentiomètre. Le musicien peut ainsi jouer de l’instrument tout en modulant le résultat sonore. Un autre circuit réglable, logé à portée de la main gauche, permet à l’ondiste de jouer à la fois sur le timbre, l’intensité et l’expression, offrant à l’instrument une palette sonore très étendue.

Ondiste dans « Music From The Ether » - British Pathé, 1934

Le son produit est ensuite amplifié et restitué par un haut-parleur ou diffuseur. À partir des années 1950, l’instrument est accompagné de trois diffuseurs : un haut-parleur, un gong et une palme.

Onde Martenot et ses trois diffuseurs.
La palme est posée sur le haut-parleur.
À droite, au sol, le gong.

Le gong retranscrit les fréquences jouées à l’aide d’un gong relié grâce à une vis à un « moteur » de haut-parleur ou transducteur. Le son offert par ce dispositif permet de faire ressortir certains harmoniques et résonnances impossibles à reproduire avec le seul haut-parleur.

La palme est un diffuseur à la forme caractéristique équipé de cordes tendues sur une caisse de résonnance, accordées aux notes de la gamme produite par l’instrument. Le fonctionnement de ces cordes sympathiques permet de créer un son éthéré et unique.

L’onde Martenot sera produite dans différentes versions, accompagnées de un ou plusieurs diffuseurs, utilisant un clavier classique en plus de l’anneau et du ruban, ou accompagnée d’une sorte de violoncelle pour la version « cello ». Les derniers modèles seront même équipés d’un micro microprocesseur.

Aujourd’hui, alors que certains instruments anciens comme le Thérémine sont toujours produit par la marque Moog, certains passionnés proposent des rééditions de l’instrument de Maurice Martenot.

Une chose est certaine, cette invention, aujourd’hui centenaire, a ouvert la voie à de nombreux instruments que nous utilisons maintenant et qui forment cette vaste famille que composent les synthétiseurs, les boîtes à rythmes et tous les autres instruments électroniques.

Photos de couverture par Christian Braut


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