Fender et sa première série d'amplis à transistors

Au milieu des années 60, le monde de l’électronique connaît une véritable révolution. Un composant, inventé en 1947 par les équipes du laboratoire Bell, va bientôt remplacer les fameuses lampes, qui équipent l’intégralité des appareils électroniques à l’époque. Son nom : le transistor.

Pourquoi ce soudain changement, plus d’une décennie après sa découverte ? Il faut savoir que le transistor était un nouveau composant très coûteux à fabriquer et qu’il était bien plus avantageux, pour les industriels, de continuer à travailler avec des tubes électroniques même si ceux-ci présentaient de nombreux inconvénients en comparaison aux transistors.

Fender et l’âge d’or du transistor

Twin Reverb Solid State - Publicité Fender de 1967

Leo Fender, et de nombreux autres électroniciens, œuvrant dans le domaine de l’amplification à destination des guitares et autres instruments de musique, se rendirent rapidement à l’évidence : le transistor allait bientôt remplacer la lampe dans la plupart des applications de l’électronique. L’histoire leur prouva qu’ils avaient raison.

Le transistor, au début des années 60, était encore un composant mal connu des électroniciens, et les seules informations disponibles étaient souvent fournies par les fabricants eux-mêmes, avec parfois des erreurs dans les documentations.

Autant dire que personne n’avait encore vraiment exploité les transistors dans le domaine de l’amplification guitare et basse, afin de les substituer aux lampes utilisées dans les amplis fabriqués à l’époque.

L’entreprise Fender, au début des années 60, était assez importante pour se permettre d’investir dans la recherche et le développement d’amplis basés sur l’utilisation de ces nouveaux composants qui sentaient bon le futur et la conquête spatiale. En un mot : la modernité.

Lampes et transistors, deux mondes si proches mais si différents

Le problème principal, à l’époque, réside dans le fait que le fonctionnement des tubes électroniques et des transistors n’a rien en commun, en ce qui concerne le domaine de l’audio. Un circuit à lampes ou à transistors ne réagit pas de la même façon à l’attaque d’une note de guitare, il ne reproduira pas non plus de la même manière les différents harmoniques.

Lampe et transistors

Les premiers amplis Fender à lampes ont été fabriqués en se basant sur la littérature de l’époque et les recommandations des fabricants des tubes électroniques, qui proposaient des circuits fiables et éprouvés dans leurs manuels.

C’est l’erreur que fera Fender en se basant sur la documentation fournie par les différentes marques de transistors comme RCA, Motorola ou encore Bendix. Les informations ne sont pas fiables et les équipes techniques Fender/CBS s’en rendent compte un peu tardivement.

Les premiers amplis à transistors fabriqués par Fender ont un son considéré à l’époque comme froid et aseptisé à bas volume. Lorsqu’ils sont poussés dans leurs retranchements, les transistors ne réagissent pas du tout comme le feraient des lampes. Le son est strident, désarticulé et très agressif. Très loin des overdrives plus crémeuses obtenues grâce aux amplis à lampes.

Certains documents des équipes techniques Fender de l’époque mentionnent clairement « que dans l’état actuel des connaissances, les amplis à transistors ne pourront jamais offrir le même son que les amplis à lampes ».

Il faut également noter qu’à l’époque, lorsqu’un ampli à transistor tombe en panne, les frais de réparations peuvent facilement s'envoler : très peu de techniciens et réparateurs maîtrisent les arcanes de cette nouvelle technologie. Le service de réparation Fender croule sous les retours.

1966 - 1971 : Fender et la série d’amplis « Solid State »

Fender Bassman Solid State

Un an après le rachat de Fender par CBS, en 1966, la première gamme d’amplis à transistor Fender est mise sur le marché, pour ne pas perdre les clients avec de nouveaux noms d’amplis, on copie les noms des modèles à lampes, mais aussi leurs caractéristiques, comme le nombre de canaux, de haut-parleurs ou encore les effets embarqués.

La première série comprend les modèles suivants, équipés (sauf le Bassman) de deux canaux, « Normal » et « Vibrato » :

  • Le Bassman, 105 W, accompagné d’un baffle de trois haut-parleurs de 12 pouces.
  • Le Twin Reverb, 105 W, deux haut-parleurs de 12 pouces montés à la verticale.
  • Le Pro Reverb, 56 W, deux haut-parleurs de 12 pouces.
  • Le Super Reverb, 56 W, quatre haut-parleurs de 12 pouces.
  • Le Vibrolux Reverb, 42 W, deux haut-parleurs de 10 pouces.
  • Le Dual Showman, 56 W, deux haut-parleurs de 15 pouces.
  • Le Deluxe Reverb, 32 W, un haut-parleur de 12 pouces.

L’esthétique de ces amplis est très tranchée et, de l’avis des musiciens, ils ressemblent plus à de l’électroménager qu’à des amplis guitare ou basse. Les guitaristes et bassistes boudent d’ailleurs totalement ces amplis qui tombent tout le temps en panne et qui offrent un son stérile et inexploitable à fort volume. La plupart des modèles ne furent fabriqués que pendant un an ou deux. Le Bassman, lui, survivra jusqu’en 1971.

Fender Super Reverb Solid State

Seth Lover, la série XFL et les signes du zodiaque

Quelques années plus tard, Seth Lover, plus connu pour son travail sur les micros PAF Gibson, travaille sur une nouvelle série d’amplis à transistors : les amplis Fender Super Showman accompagnés des baffles amplifiés XFL-1000 et XFL-2000.

À une époque ou plus de puissance est toujours synonyme de mieux, Fender décide de créer des monstres capables de cracher plus de 280 W avec des pics à 616 W au travers de plus de seize (vous avez bien lu) haut-parleurs JBL. Le prix catalogue de ce rêve à base de décibels : plus de 10 000 € actuels. Autant dire que le succès rencontré par cet ampli fut très mince.

Fender Super Showman et son baffle amplifié XFL-2000

Après une dernière série portant le nom des signes du zodiaque (la série Zodiac) : le Scorpio (56 W, deux haut-parleurs JBL D120F), le Taurus (42 W, 2 x 12”) ou encore le Capricorn (105 W, 3 x 12”), l’aventure futuriste des amplis à transistors tourne court pour Fender et la production est totalement stoppée au début des années 70.

De cette époque Fender, il nous reste néanmoins une gamme d’amplis qui, même si elle est parfois considérée comme de qualité inférieure aux amplis de l’époque Blackface, reste une véritable référence : les amplis à lampes Silverface, fabriqués de 1965 jusqu’au début des années 80.

Depuis, la technologie des transistors est parfaitement maîtrisée, et certains des meilleurs amplis au monde fonctionnent grâce à ces composants nés à la fin des années 40 comme les Music Man développés par Leo Fender sur une base de préamplis à transistors et ampli-op qui resteront dans les mémoires.

Publicité Fender, source : www.vintageguitarandbass.com


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