De Perpignan à Berlin, retour sur l'enregistrement du dernier album des Limiñanas

Alors que leur cinquième album « Shadow People »est sorti en avril dernier, nous avons rencontré Lionel des Limiñanas qui nous a parlé du travail qui a entouré la création de ce nouveau disque concocté en collaboration avec le charismatique leader du Brian Jonestown Massacre, Anton Newcombe.

Entre Emmanuelle Seigner, Bertrand Belin ou encore Peter Hook, le bassiste de Joy Division, on peut dire que la liste des invités sur ce nouvel opus est tout simplement impressionnante. Mais quelle histoire cache cet album hors du commun réalisé par le couple The Limiñanas ?

« Shadow People » - The Limiñanas

On sent que dans ta façon de faire de la musique, il y a une grosse part qui est directement liée au matériel que tu utilises. Comment est née cette relation intime ?

Je pense que pour évoquer ça il serait pas mal de commencer par parler de ma pédale de fuzz. C’est une Big Muff russe achetée à l’époque du lycée dans une petite boutique de Perpignan qui existe toujours, « Sud Musique ».

Avec le groupe que j’avais à l’époque, on cherchait à se rapprocher au maximum du son des Stooges et de Mudhoney, c’est cette pédale qui était à nos oreilles le meilleur outil.

Ce qui est assez marrant, c’est qu’au milieu des années 80, elle ne valait pas un clou, moins de 200 F et pas mal de monde se foutait de moi. Maintenant, j’ai pu voir que les prix se sont envolés. Je suis bien content de l’avoir achetée. À l’époque, si j’avais su ça, j’en aurai acheté vingt-cinq. S’il y a vraiment un outil qui m’est indispensable, c’est bien celui-ci. Cette Big Muff est au centre de tout.

On a beaucoup travaillé l’album sur cette succession de sons clairs et de sons saturés, du coup, je me trimballe toujours avec trois ou quatre fuzz, juste au cas où. N’en avoir qu’une sur scène serait vraiment compliqué, si elle tombe en panne, c’est vraiment chaud...

Si tu devais me décrire le son des Limiñanas en une guitare, un effet, un ampli ?

Big Muff - Electro Harmonix/Sovtek

Une Fender Telecaster équipée d’un micro simple et d’un double. Pour moi, il n’y a pas mieux pour travailler avec ma fuzz Sovtek. Le son est agressif et épais, tout en gardant une grande précision. C’est exactement ce que j’aime. Tu branches le tout dans un ampli Fender Deluxe Reverb et ça te permet de balancer des gros riffs de fuzz assez proches de ceux que tu peux retrouver dans la musique d'Ennio Morricone par exemple.

Tu peux me parler de votre session d’enregistrement à Berlin ? Quelle était la volonté première derrière ce voyage ?

Ce qui est marrant, c’est qu’on parle de voyage pour cet album alors qu’on a l’habitude de bosser depuis le début tous nos disques à la maison avec Marie, de tout bricoler nous-mêmes. Notre studio se résume en un Mac, une carte son quatre pistes et deux préamplis.

En fait, ce qui a déclenché ce voyage, c’est Anton Newcombe lui-même. Il nous a contactés via les réseaux sociaux pour nous dire qu’il adorait notre travail. J’étais franchement sur le cul, j’adore son travail et je suis ce qu’il fait depuis très longtemps. Ça nous a beaucoup flattés. Du coup, on est parti là-bas avec nos maquettes de morceaux, mais ce n’était absolument pas dans l’idée de faire produire le disque, c’était vraiment juste pour échanger autour de notre travail.

Marie et Lionel E.Fontanesi

On a eu la chance de rencontrer là-bas Andrea Wright, une ingé son vraiment géniale qui a bossé pour des pointures. Elle a un vrai savoir faire, un truc particulier qui fait que ça a accroché direct. On a donc remonté avec elle tous les morceaux dans le studio d’Anton, elle a fait refaire ses batteries à Marie avec le matos qui était sur place. La batterie du Brian Jonestown Massacre donc.

C’est à partir de ce moment-là qu'Anton a commencé à intervenir sur les morceaux. Il prenait une guitare pour jouer une partie, ou il ajoutait une piste de Mellotron. C’étaient des interventions vraiment spontanées.

En même temps, Andrea commençait elle de son côté à déjà spatialiser et à mixer l’ensemble. Alors qu’au départ nous étions juste venus pour bosser avec Anton Newcombe, nous sommes repartis de Berlin avec un album complet sur lequel il manquait les voix. On s’est donc donné rendez-vous pour une deuxième session pour terminer l’album à Berlin.

Entre temps, on a envoyé les enregistrements à Bertrand Belin qui a écrit le morceau « Dimanche », Emmanuelle Seigner est venue à la maison enregistrer « Shadow People ». C’est très représentatif des différentes interventions réalisées sur cet album. Tout était très spontané.

The Limiñanas - Dimanche (avec Bertrand Belin)

J’imagine que de bosser avec Anton Newcombe doit être une expérience particulière, est-ce que cette rencontre a fait évoluer votre façon de travailler et d’utiliser le matériel ?

Observer Anton et Andrea bosser m’a vraiment conforté dans la façon de travailler que j’avais déjà, à savoir, faire des prises rapides et garder les premiers jets. Ils ont tendance à enregistrer vite et à garder tout ce qui peut être intéressant, les larsens, les bruits.

J’ai adoré bosser avec lui, j’y retournerais avec grand plaisir, c’est un mec génial.

Il a du matériel avec lequel tu aurais bien voulu revenir ?

Ses guitares Vox demi-caisses et son orgue Vox Continental.

Travailler avec de nombreuses autres personnes peut parfois faire perdre le fil d’un album, sur « Shadow People » on a au contraire cette impression qu’on sait exactement où l’on va dès le début. Qu’est-ce qui à ton avis donne ce sentiment ?

Merci du compliment. En fait, depuis le deuxième album, on envisage nos disques comme des histoires avec un début, un milieu et une fin. J’aime beaucoup l’idée de pouvoir s’allonger avec un casque et de rentrer complètement dans le truc. Depuis tout gosse je fais ça, l’album Fun House des Stooges est pour moi un bon exemple. Je fermais les yeux et je me laissais emporter par le disque.

Au final le plus compliqué sur cet album a été de trouver le bon ordre pour les morceaux et d’éliminer des titres. C’est un crève-cœur, mais sinon on perd trop le fil lors de l’écoute. Il faut savoir faire des choix et se demander « Est-ce que je décroche ? Est-ce que je suis en train de m’emmerder ? ».

The Limiñanas - Istanbul is Sleepy (avec Anton Newcombe)

Tu te souviens de ta première guitare ?

C’était une Vintage que j’ai vendue comme un con pour qu’on se paye Iggy Pop à l’Olympia avec Marie quand on avait 16 ans. C’était ma première guitare électrique, elle avait une forme vaguement Stratocaster.

Un instrument un peu inaccessible qui te fait toujours rêver ?

Une Gretsch Tennessee Rose, j’adore cette guitare.

Le dernier instrument pour lequel tu es parti en chasse ?

En rentrant de Berlin, j’ai voulu acheter un clavier qu’Anton avait dans son studio, c’est un Fender Bass, le même qu’utilisait Ray Manzarek dans les Doors. Tu obtiens des super basses avec ça, j’adore. Branché dans un Twin Reverb, tu retrouves le son du groupe Suicide.

The Limiñanas T.Gracia
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