Un morceau de Stevie Ray Vaughan ne sonne pas pareil sans une Stratocaster. Que dire du son de Joe Perry, Slash ou Ace Frehley sans une Les Paul entre leurs mains ? Un morceau comme Turn! Turn! Turn! des Byrds ne serait pas le même sans une Rickenbacker 12 cordes.
Les guitares jouées par les guitaristes de légende, et leur manière de les utiliser, définissent souvent leur son. Les artistes s’approprient une guitare et façonnent leur sonorité avec elle. Mais il faut se rappeler qu’à la base, les premiers modèles de guitares étaient réfléchis dans un seul but : pouvoir être entendu tout en jouant avec d’autres musiciens et d’autres instruments.
La Gibson L5 fut créée en 1922 pour permettre aux guitaristes de rivaliser avec les trompettes, les saxophones et les autres instruments présents dans les big band de l’époque. Dans une quête continuelle de volume plus important, Charlie Christian, Eddie Durham et bien d’autres guitaristes ont eu l’occasion d’utiliser une guitare équipée d’un micro : la Gibson ES-150. Se faire entendre devint le nouveau credo des guitaristes.
Peu de temps après la mise sur le marché de la Gibson L5 aux États-Unis, le fabricant d’instruments français Henri Selmer Paris présenta une nouvelle gamme de guitares en Europe qui devait permettre de se faire entendre au milieu des autres instruments. Avec leurs ouïes de formes particulières, leurs corps anguleux et une fabrication entre classique et archtop, elles ne ressemblaient à rien de ce qui pouvait exister à l’époque.
C’était peu de temps avant que Django Reinhardt et son Quintette du Hot Club de France décident d’utiliser ces instruments et les marquent par la même occasion, du sceau du jazz manouche.
Aujourd’hui, les guitares de type Selmer sont beaucoup utilisées par les guitaristes souhaitant apprendre le jazz manouche, à la Django.
Les guitares Maccaferri « Grande Bouche » : 1932 - 1934
Le luthier italien Maccaferri fut le créateur des premiers modèles de guitares pour Henri Selmer. Leur collaboration durera dix-huit mois. Tout comme Lloyd Loar et la Gibson L5, Maccaferri était lui aussi en quête de volume et de projection pour ses guitares.
Son design original est né de la nécessité d’ajuster un résonateur interne en bois développé en interne par l’entreprise Selmer, résultant en une large ouïe en forme de D. Aujourd’hui cette forme très particulière est connue sous le nom de « grande bouche. »
Guitare dans le style Maccaferri fabriquée par Dell’Arte
Ces guitares possèdent une éclisse large et anguleuse, une table bombée en épicéa d’Europe et un pan coupé parfaitement perpendiculaire au manche. Le chevalet flottant est flanqué de deux « moustaches » qui servent de repères pour le placement du chevalet, le cordier est lui en forme de trapèze.
Son diapason de 648 mm est assez proche de celui de sa cousine américaine la dreadnought, mais ces guitares possèdent une tête creusée, un manche plus large (57 mm) et une jointure de la caisse sur la douzième frette, comme sur les guitares classiques. Le manche a un léger profil en D. Sur certains modèles, la touche dépasse sur le corps, permettant un meilleur accès aux cordes aiguës, un principe déjà présent sur les mandolines.
Ces modèles Selmer-Maccaferri deviennent rapidement incontournables pour les guitares rythmiques des groupes de jazz manouche. Alors que les « grande bouche » permettent un volume de jeu plus important, une autre étape vers la course au volume, nécessaire aux solos, débutera au moment où Maccaferri quittera Selmer en 1934.
Les guitares Selmer « Petite Bouche » : 1936 - 1952
Dès 1936, les constructeurs de chez Selmer décident de remodeler les modèles développés par Maccaferi. Ils gardent la forme générale du corps, le chevalet flottant, la tête inspirée par les guitares classiques et la largeur du manche. L’ouïe devient plus petite et de forme ovale, la jonction avec le corps se fait à la quatorzième frette et le diapason est augmenté, passant à 670 mm. Le résonateur interne en bois est supprimé.
Selmer Modèle Jazz
Ce nouveau modèle, officiellement commercialisé sous le nom de « modèle jazz », est plus connu sous le nom de « petite bouche. » Django Reinhardt l’adoptera immédiatement pour ses solos, il deviendra l’instrument lead indispensable pour les groupes de jazz manouche.
Le son vif et précis issu de l’ouïe plus petite et le timbre obtenu grâce au diapason plus grand se marient parfaitement avec les formations manouches : deux guitares rythmiques, une contrebasse et un violon.
Plus tard dans sa carrière, Django travaillera avec les amplificateurs Stimer. Mais sur la grande majorité de ses enregistrements, c’est bien sa fidèle guitare Selmer qu’on peut entendre. Aujourd’hui encore les joueurs de jazz manouche veulent perpétuer cette tradition, de nombreux luthiers rendent également hommage à Django par leurs réalisations.
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La vie après Selmer : les recréations abordables
Bien que Henri Selmer Paris continue de fabriquer une large gamme de produits, l’atelier de fabrication de guitares a fermé ses portes au début des années 1950. Moins d’un millier de guitares Selmer existent encore aujourd’hui. Le résultat : des prix qui peuvent rapidement atteindre les cinq chiffres sur le marché, pour des modèles originaux.
Mais alors que le jazz manouche est revenu sur le devant de la scène à partir des années 1980, des fabricants ont commencé à fabriquer de nouveau ces guitares si particulières.
Gitane D-500
Paris Swing GG-39
Cigano GJ-15
Pour les guitaristes à la recherche de modèles pour débuter, il existe plusieurs options.
Gitane offre une large gamme, de la guitare de base comme la DG-255 (618 €) avec son ouïe ovale, aux modèles D-500 avec une ouïe en D jusqu’à des modèles signature comme la DG-300 John Jorgenson et la DG-340 Stephane Wrembel qui tournent autour de 1 000 €.
Paris Swing propose la GG-39 avec ouïe ovale et la GG-42 avec ouïe en D qui sont fabriquées avec des matériaux similaires aux anciens modèles Selmer pour des prix entre 650 € et 850 €.
Pour les débutants qui ne veulent pas dépenser trop pour leur première guitare de jazz manouche, Cigano propose un modèle fabriqué en Chine avec un diapason plus court sur leurs modèles GJ-15 et GJ-10 (350 €).
Les standards du jazz