Les premières utilisations du tremolo, de l'écho, et autres effets pour guitare

La récente disparition de Glenn Snoddy - l'ingénieur du son de Nashville créateur d'une des premières pédales de fuzz dans les années 60, décédé en mai dernier - rouvre le débat sur qui fut l'inventeur de la fuzz. La réponse est floue, et dépend de la personne qui répond à la question. Difficile de savoir qui croire.

Mais cette à faire nous a fait penser que nous devrions faire honneur à la création et aux premières utilisations des effets qui ont révolutionné le monde de la guitare électrique. Dans ce premier épisode de notre toute nouvelle mini-série, nous donnerons quatre exemples de premiers effets marquants - les artistes qui les ont utilisés, les enregistrements sur lesquels on a pu les entendre en premier, et leurs origines et évolution.

Ici nous parlerons de quatre effets déjà utilisés de manière naturelle, et reproduits par de simples procédés mécaniques - forçant les innovateurs de l'aube du rock'n'roll à inventer des moyens pour les produire sur commande.

Le tremolo

Étant seulement une variation de volume, le tremolo est un effet relativement simple. Souvent produit de façon naturelle par les chanteurs et joueurs d'instruments acoustiques depuis des siècles, il est aussi généralement considéré comme le tout premier effet créé pour guitare électrique, bien qu'il ait été utilisé sur des pianos et orgues électriques avant.

Le Tremolo de DeArmond's

Aujourd'hui encore, le tremolo reste l'un des effets guitare les plus hypnotisants et atmosphériques, et n'a fait que gagner en popularité, de "Rumble" de Link Wray, en passant par "Rebel Rouser" de Duane Eddy, ou encore "How Soon Is Now" des Smiths. Les guitaristes ont aussi bien créé cet effet manuellement par différents moyens (notamment avec le bouton de volume de la guitare, ou avec une pédale de volume) qu'électriquement depuis aussi longtemps que la guitare électrique existe, mais sa première apparition dans le marché des pédales vient de la Tremolo Control de DeArmond's, sortie aux alentours de 1941.

Branché entre la guitare et l'instrument, l'effet utilisait un moteur pour remuer un liquide électrolytique qui déconnectait la terre par intermittence, ce qui affaiblissait le signal en rythme. Dingue, oui, mais ces engins peuvent donner un son incroyable - une fois restaurés, ce qui est impératif, au vue de leur âge.

Roosevelt Sykes - "Sugar Babe Blues"

Selon l'article de Dan Framosa "A Brief History of Tremolo" (Premier Guitar, 23 Octobre 2013), le premier enregistrement connu du tremolo sur une guitare se trouve sur un album datant d'avril 1942, du chanteur/pianiste Roosevelt Skyes - où l'on trouve les chansons "You Can't Do That to Me" et "Sugar Babe Blues" - dont les parties guitares auraient été jouées par Big Bill Broonzy.

Plus de dix ans plus tard, Muddy Waters utilisait le tremolo avec brio sur la chanson "Flood", et deux ans après, Bo Diddley en faisait tout un mode de vie.

Muddy Waters - "Flood"
Le Vibrato (et la Leslie)

Encore un effet que les instrumentistes acoustiques obtenaient déjà grâce à leur gorge, leur doigts ou toute autre technique naturelle depuis la nuit des temps, le vibrato est également l'un des plus anciens effets de l'histoire de la guitare électrique. Souvent confondue avec le tremolo, ici, c'est la hauteur de la note qui varie (et non le volume).

Guitare électrique Electro Vibrola Spanish de 1939

Mis à part le fait qu'il ait été fabriqué complètement différemment, avec un résultat très encombrant, le vibrato pourrait être le plus ancien effet de guitare. Monté sur la Rickenbacher (selon l'orthographe de l'époque) Vibrola Spanish Electric de 1938, le vibrato était obtenu grâce à un moteur interne qui "remuait" le chevalet, ce qui modulait légèrement la hauteur des notes des cordes.

Sa conception la rendant très lourde (la plupart du temps, elle était jouée sur un stand), et très peu d'exemplaires ont été produits jusqu'à sa fin en 1942. Plus tard, bien sûr, les musiciens se rendrons compte qu'il était plus simple - et plus léger - de placer des "whammy bar" sur ressort, et en jouer manuellement, concept présenté par Paul Bigsby dans les années 40.

Cependant, le véritable ancêtre des vibratos, pour ce qui est du son, est la cabine Leslie. Créée à la fin des années 30 par Donald Leslie, pour être couplée avec l'orgue Hammond, la cabine Leslie produit un vibrato profond, riche, et proche de l'effet Doppler à l'aide de deux haut-parleurs en rotation, un woofer en bas, et un tweeter en haut. Le résultat inimitable attira rapidement l'attention des guitaristes, mais on trouve très peu d'enregistrements de guitaristes l'utilisant avant les années 60.

LaVern Baker - "Bumble Bee"

Le premier enregistrement de vibrato produit par une Leslie pourrait remonter à la chanson "Bumble Bee" de la guitariste LaVern Baker, en 1960, rejoint plus tard dans la même décennie par les Beatles, les Beach Boys, Pink Floyd, et d'autres utilisateurs des cabines Vibratone de Fender (produites par Leslie), pour produire ce son en trois dimensions si particulier.

La Reverb

Les deux effets précédents on peut-être été produits de façon "naturelle", mais celui-ci est le premier à n'avoir nécessité aucun effort particulier à produire. La reverb a existé en tant que "room sound" - que ce soit le son d'une pièce, chambre, salle de bain, gymnase, grotte ou d'une cathédrale - depuis l'aube de l'enregistrement. L'effet connu sous le nom de reverb est né du besoin de contrôler cette résonance, et est devenu par la suite un effet en soi.

Unité de reverb Fender 6G15 de 1961

Les premières reverbs de ce genre ont vu le jour en accompagnant les orgues Hammond en 1939, quand Hammond adopta la spring reverb brevetée par Bell Labs (créée à la base pour reproduire le son des appels téléphoniques à longue distance). Une quinzaine d'années plus tard, on retrouvait cet effet dans les amplis de guitares, ou en effet séparé, grâce à des fabricants tels que Gibson, Premier ou Danelectro.

Fender, probablement la plus grande référence en spring reverb à lampe pour guitares, n'a sorti sa première unité de reverb qu'en 1961, et n'a inclus une reverb dans ses amplis qu'en 1963, mais le résultat valait tellement l'attente que la marque devint un vrai standard de qualité après ça (aux côtés des reverbs d'Ampeg).

Une fois accessible sur le marché, la spring reverb gagna rapidement en popularité, ce qui rend difficile de déterminer qui l'a utilisée en premier sur une guitare (si vous avez des informations, n'hésitez pas à les partager dans les commentaires !). Concentrons-nous plutôt sur l'une de ses utilisations les plus iconiques, l'hymne absolu de la surf, "Misirlou" par Dick Dale and the Deltones, en 1962, qui nous démontre parfaitement quel son on obtient en réglant une reverb Fender à fond.

Dick Dale - "Misirlou"

"Wipe Out" des Surfaris et "Pipeline" des Chantays sont aussi de très bon exemples de cette ère... mais les guitaristes connaissent déjà très bien ce son, et la reverb a continué d'exister, sous des formes plus subtiles, ou éthérées dans tous les styles de musique. La première utilisation studio d'une reverb artificielle, pour info, revient à Bill Putman Sr., qui a transformé la salle de bain des studios Universal en "chambre" pour obtenir la reverb qu'on entend sur le tube des Harmonicats' de 1947 "Peg o' My heart," où l'on trouve aussi quelques parties guitares réverbérées.

Harmonicats - "Peg O' My Heart"
L'écho

Encore un effet utilisé très tôt par les guitaristes, l'écho (ou delay) est également l'un des plus utilisés, et encore aujourd'hui considéré comme un indispensable à tout pedalboard. Étant donné la taille et la complexité de ses premiers modèles, il lui a fallu du temps avant de pouvoir tenir dans un petit boîtier (et encore, même les premières pédales étaient massives), mais le son en lui-même a été utilisé sur de nombreux enregistrements qui remontent à plus loin que ce qu'on pourrait penser.

Quand on pense à la naissance de la guitare électrique, on a tendance à penser au rock'n'roll des années 50, et donc à l'utilisation du delay à bandes intégré à l'ampli EchoSonic de Ray Butt par Scotty Moore sur des albums d'Elvis Presley comme "Mystery Train" de 1955. La légende le la country Chet Atkins jouait sur un Butts EchoSonic depuis plus d'un an, comme l'atteste le son de "Mr. Sandman" en 1954.

Chet Atkins - "Mister Sandman"

Encore quelques années avant cela, notre bon vieil innovateur -Les Paul- créait un slap back similaire en manipulant des enregistreurs à bande, bien avant l'existence de l'effet en boîtier. Écoutez le tube de Les Paul et Mary Ford de 1951 "How High the moon" - qui était déjà novateur pour ses overdubs et autres progrès techniques - et vous pourrez entendre l'écho sur la guitare principale.

Les Paul & Mary Ford - "How High The Moon"

À la fin des années 50, beaucoup de marques fabriquaient des effets d'échos utilisables sur n'importe quel ampli guitare. La section delay à bande du Butts EchoSonic inspirera par la suite le Maestro Echoplex, pendant que Raymond Lubow de chez Tele-Ray Electronics (qui deviendra Morley) à Burbank, Californie, créait son Adineko Memory System, un delay à bain d'huile.

Un autre californien, Ray Stolle, développa un tape-loop delay baptisé le Ecco-Fonic en 1958, et les allemands de chez Dynacord et Klempt, les italiens Binson et Meazzi, ainsi que les anglais Watkins apportèrent aussi leur pierre à l'édifice de l'écho avant la fin de la décennie. La création de la première pédale de delay non électro-mécanique, aux alentours de 1974, revient soit à la Memory Man d'Electro-Harmonix ou à la EC 280 de Dynacord... tout dépend de qui raconte l'histoire.

Dans le prochain épisode, nous parlerons de pédales de fuzz, de wah-wah, d'octave dividers, et plus encore, alors que nous approchons de la révolution des transistors.

Image principale de l'article par Division Street Guitars
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