Tour de France : le studio d'enregistrement White Bat Recorders

Pour ce nouvel épisode de notre série Tour de France nous avons rendez-vous avec Rémi Gettliffe qui s’occupe avec son frère et son père du studio White Bat Recorders. Situé en Alsace entre Mulhouse et Bâle, le studio est construit en pleine campagne, dans une grange traditionnelle du 17e siècle, dénotant complètement avec son look qui fait écho aux studios et à la science-fiction des années 60 et 70.

Embarquez avec Rémi pour une visite guidée des lieux.


Dès le début on voulait un studio avec un look et une ambiance unique, parce que l’émerveillement et le fun sont à mon avis les deux ingrédients les plus importants dans la conception d’un disque. Pour moi, enregistrer un disque doit avant tout être une expérience, un moment humain. Mais il est vrai qu’avoir un tas de machines plus cool les unes que les autres est un plus !

Le studio accueille des projets très variés, du bon vieux rock bien sûr, avec des groupes comme Last Train, The Videos, mais encore du jazz, de l’indie-pop, du blues avec Dirty Deep ou de la folk avec The Wooden Wolf.

Bien que le studio abrite un DAW, on privilégie avant tout le boulot en analogique, sur bandes. C’est un rythme différent, où on prend plus de décisions tranchées, on s’en remet moins au mix pour faire ses choix créatifs. Plus que le son de la bande, qui est bien sûr incroyable, c’est cette façon d’appréhender différemment l’enregistrement qui à mon avis affecte le plus les disques enregistrés et mixés en analogique.

Et contrairement à ce que l’on croit, la bande ce n'est pas que pour le rock ou la pop-psyché. Je produis régulièrement des groupes de metal en full analog et c’est une bouffée d’air frais par rapport à toutes ces prods métal qui utilisent les mêmes samples de batterie depuis 10 ans.

Je ne crache pas dans la soupe, l’informatique est un outil fabuleux et je ne crois pas qu’un format sonne vraiment mieux que l’autre. Je crois par contre que ce sont les limitations qui poussent à la créativité.

La régie du studio

Voici la régie du studio, avec en son centre notre console Amek BCIII. C'est une console qui est à la base conçue pour le broadcast, avec des fonctions limitées par rapport à une console in-line moderne, mais qui du coup se rapproche plus d’une console du début des 70’s, avec une EQ trois bandes très simple, 8 groupes pour les sorties, (seulement) 4 auxiliaires mais surtout 16 préamplis NEVE en entrée; une config idéale pour l'enregistrement 8 pistes.

C’est vraiment une console de grande qualité, très punchy, les EQ sont super musicales, et les préamplis sont superbes, moins colorés que mes 1073, mais je pourrais clairement me débrouiller rien qu’avec eux.

On a trois magnétophones dans la régie, tous des Studer A80, un 16 pistes 2 pouces, un 8 pistes 1 pouce (mon préféré) et un 2 pistes 1/4 de pouce pour le mix. Le A80 a quelques particularités inhérentes à sa conception qui font que pour des soucis de confort d’utilisation et de transparence du son, depuis les années 80 on lui a préféré les Studer plus récents comme le A800 et le A820.

Mais au bout du compte, à notre époque, quand on se tourne vers la bande c’est avant tout pour le son, la coloration, et de tous les Studer à transistors c’est sans aucun doute le A80 qui sonne le plus coloré, le plus analogique. Je commence toujours un projet sur bandes, et si 8 ou 16 pistes ne suffisent pas, ce qui est rare, je transfère la bande dans mon DAW. J’utilise alors un Antelope Orion 32 pour la conversion.

J’utilise depuis quelques années les Focal SM9 et même si je les trouve un peu douces dans les médiums, le bas est absolument incroyable, et ce à n’importe quel volume. Rien que pour ça, je ne pourrais pas m’en séparer. J’ai aussi une paire de JBL 4310, le classique des classiques, des enceintes super fun.


La pièce de prise

Ici on est dans la « grande pièce », qui n’est pas immense à proprement parler mais on a une belle hauteur sous plafond, et je trouve les dimensions idéales pour le son de batterie, c’était le truc le plus important pour moi.

J’enregistre systématiquement la base d’un morceau en prise live, avec les amplis dans la pièce pour que tout le monde soit à l’aise, sans casque, comme en répète. J’ai donc une petite collection d’amplis à puissance modérée, le Marshall 18W est le favori d’à peu près tous les guitaristes qui passent par le studio, j’ai aussi un super Vox AC15 du milieu des années 90, les meilleures années. Juste après le rachat de Vox par Korg , ils sont revenus aux schemas d’origine, et en gros pour trouver un Vox d’aussi bonne qualité il faut remonter au début des années soixante. J’ai aussi acheté récemment un Silvertone 1482, un petit bijou !

On peut aussi voir mon kit Ludwig du milieu des années soixante, qui a une drôle d’histoire. J’ai à la base acheté le tom basse aux puces, pour quelque chose comme 4 €. J’ai ensuite acheté tour à tour un alto et un kick de la même époque pour compléter le kit. Cette batterie est incroyable. Comment les mecs faisaient ? Je ne sais pas trop quoi penser du contrôle qualité de l’époque... À certains endroits, sur le 13 pouces, la peau ne touche même pas le chanfrein, et pourtant c’est le meilleur tom que j’aie jamais entendu.

On met deux coups de clé, un peu au pif, et le son est juste incroyable. La plupart du temps, les batteurs jouent sur ma black beauty de la fin des années 70. Je ne peux pas leur en vouloir, elle est du même tonneau que le reste du kit. Quel que soit l’accordage, le son est incroyable. J’ai aussi une Tama StarClassic B/B Performer en 26 / 16 / 13. C’est une config particulière avec une belle finition Black Oyster, Tama en a seulement fabriqué 40 à l’époque. Le kick est juste monstrueux, très facile à jouer, les batteurs l’adorent et l’utilisent tout le temps.

J’ai un chouette assortiment de vieilles ferrailles Zildjian des 50’s et 60’s, américaines et turques, que je mélange avec des Istanbul récentes, qui je crois sont les seuls à faire des cymbales très fines et légères comme on les faisait à l’époque.


Les racks d'outboard

Voilà mon rack d’outboard principal. On pourrait plutôt l’appeler rack de compresseurs, car je n’utilise presque pas d’effets, à part le rack vert en bas à gauche, qui est un delay DIY basé sur le Mad Professor Deep Blue Delay. C’est un delay très coloré, plus encore que mon Space Echo. J’adore les compresseurs, j’ai toujours préféré modifier un son en choisissant tel ou tel compresseur plutôt qu’en ayant différents préamplis. C’est peut-être dû au fait que les Neve sont fabuleux sur à peu près tout.

A ce niveau de qualité, les préamplis font le job de toute façon et je trouve qu’il est plus sain de limiter les options, on se pose moins de questions. Le LA-2A est, comme on peut s’y attendre fabuleux sur la basse et la voix, mais j’adore aussi l’attaquer avec un signal super fort, pour de la guitare par exemple, la saturation qui en résulte est juste magnifique, un peu comme le son de gratte de Lennon sur Revolution.

Le gros bouton est une Shure Level Loc dans un rack maison. J’avais ce gros bouton, et je voulais qu’il serve pour quelque chose de vraiment gras, vraiment extrême, le level-loc était le candidat idéal. C’est le compresseur le plus fou que j’aie entendu, aucune transparence, un effet de pompe vraiment dingue. Fabuleux sur un bus parallèle de batterie, ou sur des parties de guitare épurées.

La plupart de mes machines n’ont pas vraiment besoin de présentation, ce sont des classiques qui ont traversé le temps grâce à la difficulté d’en sortir un mauvais son. Le Fairchild est complètement fou. C’est inexplicable, tu le branche, pas de compression, rien, et tout à coup tu as l’impression que les mecs sont dans la pièce avec toi.

Je compresse directement à la prise, pour pouvoir bien attaquer la bande, et pour éviter de relever le souffle en insérant un compresseur au mix. De cette façon, le son est là tout de suite, le mix devient presque une formalité. La plupart du temps, j’enregistre toute la batterie sur une piste dès la prise. Parfois deux, quand je veux le kit en stéréo.


Les micros

Voici quelques-uns des micros que j’utilise le plus. Je mentirais si je disais que ce n’était qu’une petite partie de ma collection, en vérité je ne dois en avoir qu’une petite vingtaine, pour la plupart des classiques qui ont fait leurs preuves. Ca vient sans doute du fait que même sur des prises live avec 4 ou 5 musiciens, je n’utilise jamais plus de 9 ou 10 micros en même temps, et ici encore, avoir moins d’options pousse à prendre des décisions plus tôt et à ne pas trop se prendre la tête.

Le Neumann U67 est somptueux sur n’importe quelle source, particulièrement sur les guitares, bien que sur les sons saturés je préfère le Sennheiser MD409 ou mieux encore, le Siemens MD408, ce drôle de micro à col de cygne, qui a la même cellule que le 409, mais avec un peu moins de bas et un peu plus de top, un son plus riche harmoniquement à mon goût.

J’adore les Coles 4038, ils sont parfaits en room et en overhead bien sûr. Je les utilise aussi beaucoup sur les voix particulièrement féminines. Si je manque d’aigus, j’insère un de mes deux Pultec EQP-1A et j’ai un son très naturel, pas du tout sibilant. Mais s’il y a un micro dont je suis totalement dépendant, c’est le AKG D12. Je ne sais pas si j’arriverais encore à faire un kick sans.

Pour la snare, je suis fidèle au bon vieux Shure SM57, ou plutôt à son ancêtre le 545S, qui avec sa forme de pistolet chromé a une classe d’enfer et est plus facile à loger sous un charley. Le seul micro « moderne » que j’utilise régulièrement est le AKG C214 sur les toms. Je préfère toujours les statiques sur les toms, et le 214 est un peu plus creusé dans le médium que le 414, ce qui le rend parfait pour ce job.

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