Jean-Michel Jarre et ses choix en terme de synthétiseurs et de logiciels

Jean-Michel Jarre fait partie des pionniers de la musique électronique, il a jusqu’ici vendu plus de 80 millions d’albums, il est cité quatre fois dans le Guinness des records par rapport au nombre de spectateurs présents à ses concerts et son dernier album Electronica 1 : The Time Machine a été nominé pour un Grammy Award en 2016.

Alors qu’il était en pleine tournée américaine, les équipes de Reverb ont eu la chance de pouvoir le rencontrer juste avant son concert de Chicago.

Jean–Michel Jarre

Comment se passe la tournée jusqu’ici ?

Pour le moment tout se passe pour le mieux, je suis vraiment touché par la réaction du public américain au projet tout au long des concerts, la date de New-York était pour moi quelque chose de vraiment particulier.

À 18 ans, lorsque je suis venu pour la première fois aux États-Unis, je me suis dit « Si un jour, je dois jouer quelque part, ce sera à New-York. » C’est maintenant chose faite.

Par rapport au projet sur lequel vous travaillez actuellement, comment réussissez-vous à créer une expérience aussi immersive ?

Quand j’ai fait Electronica 1 et 2, j’ai travaillé sans vraiment penser au rendu sur scène. Lorsque que j’ai fait Oxygen 3, je me suis très rapidement dit que je voulais vraiment pouvoir exprimer ma musique sur scène. Malheureusement, technologiquement ce n’était pas possible.

Maintenant, quand je fais de la musique, j’essaie de créer une sorte d’architecture du son, des paysages et des perspectives constitués de différentes couches sonores, arriver à l’exprimer visuellement est parfois un véritable challenge. Je n’avais jamais eu l’occasion de pouvoir autant exprimer ce côté visuel de manière cohérente.

Cette fois-ci, j’ai réalisé un véritable travail de design de la scène et de production. L’idée est de proposer un show 3D, sans avoir à porter des lunettes spéciales. Avec les panneaux coulissants et toute la technique, on arrive à proposer quelque chose de très proche du rendu 3D. À mon avis, cela fonctionne très bien avec ma musique.

Chacun de mes morceaux est lié à son visuel. Je suis un grand fan des concerts, je vais en voir beaucoup, et la plupart du temps au bout d'un ou deux morceaux, vous savez parfaitement où est-ce que vous vous trouvez visuellement et musicalement. C’est ce que je voulais éviter.

Je voulais donc pouvoir créer quelque chose qui même au bout de deux, trois ou quatre morceaux, ne vous permet pas de savoir ce qui va venir ensuite. C'est à vous de me dire, mais j’ai l’impression que ça marche plutôt bien.

Avec ce type de projet, quel est le matériel que vous utilisez principalement ? Est-ce que vous fabriquez toujours vous-même de nombreux appareils ou est-ce que vous utilisez plus d’appareils disponibles sur le marché ?

J’aime vraiment faire les deux. J’utilise toujours le premier synthétiseur que j’ai eu qui était l’un des premiers VCS 3s d’EMS, il fonctionne toujours parfaitement. Je l’utilise très souvent sur scène, mais pas ce soir.

Sur scène, j’utilise également un EMS Synthi AKS, un ARP 2600, un Memorymoog et des synthétiseurs modulaires. J’utilise tout, certains sont des synthétiseurs virtuels de Native Instruments. J’ai également le nouveau Roland System 8 et le System 50.

Quels sont les plugins que vous utilisez le plus actuellement ?

J’aime vraiment tout ce que fait Eric Persing de Spectrasonics comme l’Omnisphere. J’aime également le matériel Native Instrument ainsi que leurs plugins, j’utilise également ce que propose Reveal Sound, le Spire, le June et le Diva.

J’utilise également un iPad sur scène. Il est équipé d’un programme que nous avons programmé spécialement pour ce projet. C’est une sorte d’interface équipée d’un grand écran tactile permettant de créer des effets visuels en interaction avec les sons. J’adore aussi le Sub 37.

Le nouveau Sub 37 ?

Oui, je l’utilise et je l’adore. J'aime aussi le Rev 2 de Dave Smith. Je pense que c’est probablement le meilleur synthétiseur polyphonique jamais produit. Ce qui fait qu’il est le meilleur, c’est le fait qu’il possède 16 voix.

Les synthétiseurs étaient une véritable révolution en terme de possibilité sonore et de manipulation du son, les ordinateurs sont maintenant capables de reproduire et de modéliser ces instruments. Qu’est-ce qui pour vous sera la prochaine évolution dans le monde de la création musicale d’un point de vue technologique ?

L'intelligence artificielle sera la véritable révolution du XXIe siècle. Ça n’a pas encore vraiment démarré, mais d’ici une ou deux générations, les machines seront capables de créer de la musique, des films, d’écrire des romans, il ne faut pas en avoir peur.

Il faudra juste savoir nous adapter à cette nouvelle technologie. La réalité augmentée et l’intelligence artificielle vont également changer notre relation de créateurs et de consommateurs de musique et de films.

Y a-t-il une place dans la musique électronique qui permet aborder les questions sur la condition humaine au-delà de ce que nous avons déjà expérimenté ? Est-ce que vous pensez que ce médium a exploré suffisamment l’histoire de notre espèce ou pensez-vous qu'il y ait encore beaucoup de place pour l'expansion de ce sujet ?

Je pense qu’il existe toujours deux façons de comprendre les mouvements musicaux. Le jazz, le rock, le folk ou le grunge sont des mouvements majeurs. Ils se sont développés en reflétant la société de leur époque.

Aujourd’hui, la musique électronique est le genre qui reflète vraiment notre époque. Il y a toujours deux approches différentes, le côté hédoniste où on peut s’amuser et danser toute la nuit, mais aussi ce côté très ancré dans les aspects sociaux et politiques.

La musique électronique et les artistes qui la font sont ceux qui sont les plus proches de la révolution d’internet et des nouvelles technologies, ils réussissent à s’approcher au plus près toute l'ambiguïté de la technologie, de son côté sombre. Ce qui est génial.

Nous pouvons tous accéder au monde entier directement depuis nos poches, mais nous savons également que nous sommes espionnés, la technologie a aussi un côté sombre. Le rôle de la musique électronique, aujourd’hui, est de mettre en lumière ces travers, de poser les bonnes questions. Je pense que ça pourrait même être encore mieux fait que ça ne l’est.

Je pense que ce qui a été fait avec des romans comme Neuromancer ou par des auteurs comme Arthur C. Clarke ou Frank Herbert devrait également être fait dans les films et dans la musique électronique. Je pense qu’il va falloir vraiment creuser dans cette direction dans les années à venir.

Quels sont les outils, les méthodes de composition et les interfaces audio que vous utilisez actuellement et en quoi sont ils différents de ce que vous avez pu utiliser par le passé ?

En tant qu’artiste, vous avez toujours vos propres trucs, peu importe la technologie utilisée. Je dois dire qu’Ableton Live a changé ma vie. Pour moi, aujourd’hui, Pro Tools, 24 pistes et les magnétos à bande font parti du passé, même si on en trouve encore dans pleins de studios.

Je considère Ableton Live comme un instrument de musique à part entière. Ça a changé ma façon de travailler, me donnant la possibilité d’écrire de la musique en même temps que je la produis et que je la mixe. Pouvoir tout faire en même temps, c’est vraiment génial.

Le fait de pouvoir l’utiliser en live, cela permet au musicien d’exprimer tout son processus créatif, de l’idée à l’interprétation en passant par le mixage, la production et l’enregistrement.

Pour en apprendre plus sur Jean-Michel Jarre, trouver sa musique et ses dates de concerts, vous pouvez visiter son site ici.

ARTICLE EN LIEN




comments powered by Disqus