Interview : dans les pantoufles de Forever Pavot

Après avoir sorti l’album Rhapsode en 2014, le musicien français derrière Forever Pavot : Émile Sornin revient avec sa dernière création : La Pantoufle. L’écoute de ce disque dévoile un univers marqué par les musiques des films des années 60 et 70.

Forever Pavot - La Pantoufle

Nous avons pu discuter avec Émile de la façon dont il a travaillé sur ce dernier album et de la relation qu’il entretient avec les instruments qu’il utilise au quotidien pour composer.

Ton deuxième album vient de sortir et il fait couler pas mal d’encre, est-ce que tu t’attendais à de telles réactions ?

J’aime travailler de mon côté, je ne m’attendais pas à une réaction en particulier mais c’est toujours intéressant de voir ce qui peut se passer après la sortie d’un album.

Difficile de dire si c’est le bon ou le mauvais moment pour sortir quelque chose, mais effectivement il y a eu pas mal de papiers en lien avec mon travail ces derniers temps, c’est toujours agréable de générer des réactions et d’avoir des retours.

En tout cas mes parents sont hyper contents, ils voient pleins d’articles dans les magazines. Maintenant, ce qui m’importe vraiment c’est de faire des concerts, des disques et de pouvoir créer des projets avec d’autres artistes.

Chanter et composer en français c’est un exercice difficile ? Est-ce que c’était une nouvelle étape à franchir pour toi ?

C’est clairement les deux, c’est un nouvel exercice et j’y ai vraiment pris goût. Le label Born Bad m’a poussé dans ce sens, c’est important de prendre des risques. Sur le premier album j’utilisais surtout ma voix comme un instrument en ajoutant pas mal d'effets dessus, j’ai voulu passer à l’étape suivante.

Tout s’est fait naturellement. Au final, c’est très logique pour moi d’avoir voulu chanter en français, ce deuxième album est vraiment influencé par la musique française que ce soit la pop, la musique de films mais aussi par mon univers vidéo qui est très lié au cinéma burlesque français des années 50 comme le travail réalisé par Jacques Tati par exemple.

Tu travailles beaucoup avec des claviers et des synthés, tu peux me parler de ta relation avec cette famille d’instruments ?

Comme beaucoup de musiciens je fantasmais sur les synthétiseurs. Le tout premier clavier que j’ai acheté c’était un Korg Micro Preset, c’est un synthé monophonique qui a vraiment un son très seventies il avait exactement la texture sonore que je recherchais. Avant ça j’avais un vieux Clavinova et je jouais aussi sur le piano qu’on avait à la maison qui appartenait à mon grand-père.

Photo - Lou Beauchard

J’ai ensuite acheté un Pianet T fabriqué par Hohner, c’est un peu le Rhodes du musicien fauché. À l’époque ils avaient même construit un Pianet Clavinet Duo, on pouvait donc avoir ce son de Pianet et celui du Clavinet qui repose sur un principe de cordes frappées. J’en ai utilisé un sur mon premier album. J’utilisais également un orgue Yamaha YC-10 avec mon premier groupe, c’est une copie des Vox Jaguar et des autres claviers à transistors des années 60, il a vraiment un son dément très typé sixties.

C’est en utilisant ces trois claviers au final très différents que j’ai vraiment commencé à composer : un piano électrique, un orgue bien 60’s et un synthé monophonique. Ils se jouent de façons très différentes les uns des autres, c’est ce qui m’a permis d’explorer de nouveaux univers et de nouvelles manières de jouer.

Sur le dernier album, j’ai beaucoup utilisé un instrument que j’aime beaucoup : une épinette, c’est un clavier de la famille des clavecins qui possèdent une orientation des cordes par rapport au clavier différente.

Utiliser du matériel ancien c’est quelque chose qui t’inspire dans ton travail ?

J’aime surtout pouvoir me mettre dans les conditions des musiciens de l’époque en utilisant du matériel ancien. C’est une autre façon de travailler. Le rapport que j’ai à l’objet instrument est très important pour moi, il transforme ma façon de créer, c’est quelque chose qui est d’ailleurs vrai pour de nombreux musiciens.

Comme tout le monde j’étais un peu septique au début, utiliser du matériel vintage tourne parfois à l’effet de mode. Mais le jour où j’ai pu m’acheter des instruments anciens j’ai compris pourquoi ils génèrent autant de fantasmes, le son, l’utilisation et le toucher sont tout simplement inimitables.

Photo - Lou Beauchard

Quel est l’instrument qui t’a été le plus indispensable sur cet album ?

Sans hésiter : le Kawai 100F, c’est un tout petit synthé qui ne paye pas de mine. Le son qui sort de ce clavier est à tomber par terre. Pendant que j’étais en train de mixer l’album, Stéphane Laporte (Domotic), l’ingénieur du son me demandait à chaque fois « mais c’est quoi ce son ? » c’était un peu un running gag entre nous.

Quel est l’instrument que tu n’as pas encore ?
Quelles inventions sonores obscures te font rêver ?

J’aimerais bien trouver un Mini Moog D et un Waterphone : c’est un instrument qui se joue avec un archet et qui était utilisé pour faire les bandes sons des films d’horreur, le son qui en sort est incroyable, par contre : très difficile d’en trouver à vendre.




Crédits photo de couverture : Corentin Fohlen


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